LIVRE XVII
de quelques-uns de messieurs du Parlement, avec la dixhuitième Lettre pour les instruire de cette affaire, et il y en eut parmi eux qui promirent de demander l'assemblée des chambres.
Ce jour là même, sur les dix heures du soir, M. de Sens écrivit un billet à M, de Bagnols, pour lui apprendre que M. de Toulouse, qu'il avait prié de lui envoyer la copie des deux déclarations, les lui avait promises pour le lendemain, et que d'ailleurs il le trouvait très bien disposé, et même avec empressement pour l'accommodement de cette atraire.
Cependant M. de Langlade,qui agissait de son côté auprès de M. le procureur général, fit écrire deux lettres par Mme Je Saint Loup' a M. de Bagnols, et cette dame l'assurait par la dernière qu'il ne se ferait rien le lendemain.
Le 7, M. de Sens écrivit le malin à M. de Toulouse le billet suivant :
« Vous ne m'avez envoyé, Monseigneur, que la déclaration pour le Parlement, et non celle qui est destinée pour le clergé. Et comme c'est sur celle-là seule qu'il y a quelque chose à faire, je vous supplie de me l'envoyer par ce laquais, si vous êtes encore dans le dessein d'accommoder les aflfaires. »
M. de Toulouse lui renvoya promptement ce billet au bas duquel il avait écrit en peu de mots : « Je n'eusse pas manqué de l'envoyer si elle n'eût été égarée par mon aumônier. Il faudra la recouvrer de M. le chancelier. »
Le même jour M. de Tronchay de Martigny, conseiller en la première des enquêtes, proposa dans sa chambre que l'on voulait établir une Inquisition en France, que la chose était visible dans le procès-verbal de l'Assemblée du clergé, où il était dit que l'on ferait signer un formulaire par tous les ecclésiastiques et autres, et que les contrevenants seraient punis des peines de droit ordonnées contre les hérétiques et les fauteurs d'hérésies, et que le roi sera supplié d'envoyer ses déclarations dans les Parlements pour n'admettre point les appels comme d'abus ; qu'il avait appris qu'il y en avait une déclaration au Parquet. Il représenta que l'on ne pouvait délibérer sur ce sujet que les chambres assemblées, et demanda que la première des enquêtes
1. Diane de Chasteigoier de la Rochepozay, née vers 1625, avait épousé M. de Saint-Loup, qui mourut en 1672.
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députât dans les autres chambres pour s'assembler au cabinet, afin d'examiner sa proposition.
Cette proposition fut reçue dans sa chambre, qui le députa pour cet effet avec M..., et ayant été tous deux dans toutes les chambres, elles nommèrent des députés qui se rendirent au cabinet. Mais parce que les députés de la cinquième y avaient été longtemps à attendre, (l'un desquels était M. Veydeau), ils s'en allèrent, de sorte que les autres qui s'y rendirent ensuite ne les y ayant plus trouvés, ils prirent assignation au lendemain, sept heures du matin.
On vit encore tout de nouveau messieurs les avocats généraux, et M. Bignon parut plus échauffé et plus vigoureux sur cette affaire que l'on ne se le promettait de lui. Il apprit que le sieur Paget* lui avait apporté de la part de M. le procureur général les deux déclarations et les constitutions, et que l'on en devait délibérer au parquet.
Ce jour là même, le roi partit de Paris pour l'arméC;, et comme M. le cardinal Mazarin devait aussi partir le lendemain, M. le procureur général alla souper le soir avec lui à Vincennes, où l'on crut qu'il lui parlerait de cette première tentative qui venait de se faire aux enquêtes; M"'« Du Plessis Guénégaud en avertit M. de Bagnols par un billet à dix heures du soir.
Le mardi 8 mai, à sept heures du matin, les députés des enquêtes se rendirent tous au cabinet de la première pour leur assignation, atin de s'en aller ensuite à la Grand'- Chambre. M. le président de Nesmond, qui ne relâchait rien de son zèle pour favoriser la passion des Jésuites, ayant appris ce qui se passait, envoya un greffier au cabinet de la première des enquêtes pour dire à M. Tronchay de Martigny qu'il le priait de le venir trouver au cabinet du greffe. Ce conseiller, qui voulait avoir des témoins de ce qui se passerait dans leur entretien, demanda qu'on lui donnât quelqu'un des autres députés pour l'accompagner, et on nomma pour cet effet M. de Sallo ' son collègue, qui s'était rendu avec lui où M. de Nesmond les attendait. Ce
1. Jacques Paget (1610-1695), ancien magistrat de Montpellier, fut ensuite maître des requêtes, intendant à Tours et à Limoges, et enfin secrétaire du roi en 1655.
2. Denys de Sallo de la Coudraye (1626-1669) magistrat et érudit, est le créateur du Journal des Saoants.