LIVRE XVII
cette parole, M. Brunetti lui demanda la permission de lui dire qu'il n'en viendrait jamais à bout. Et comme M. le nonce lui demanda ce qu'elle deviendrait donc; M. Brunetti lui répondit en ces termes : « Je ne dis pas qu'il ait été bon de la faire; mais n'est-ce pas tout ce qu'on peut désirer qu'elle ait été lue partout, publiée, affichée, et qu'on n'enseigne et qu'on n'écrive rien contre.
\A dessus M. le nonce lui demanda la lettre de feu M. l'archevêque de Malines contre les Jésuites, et les avis et extraits des curés de Paris contre la morale des mêmes Pères.
M. Brunetti les lui porta le lendemain matin, mercredi 16 mai, et il les accompagna d'un écrit latin d'une demi-feuille qu'on disait être puissant contre l'infaillibilé du pape. M. le nonce ayant jeté la vue sur tout cela, ne voulut pas prendre ces pièces, à cause de cet écrit latin dont il était extraordinairement choqué, et réitéra les mêmes paroles à peu près que le jour précédent; et comme il y avait déjà quelque temps que M. Brunetti avait remarqué par les réponses de ce prélat que la liberté de ses discours ne lui plaisait pas ; qu'il commençait tout doucement à ne lui pas témoigner son affection ordinaire et à ne lui pas tant faire de civilités que parle passé; voyant qu'il n'était pas le bien venu chez lui comme auparavant, il commença de son côté à se retirer tout doucement, et, quittant Paris, il s'en alla à la campagne.