‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècleChapitre 271 sur 412 · LIVRE XVII · texte numérisé non relu

LIVRE XVII

On avait espéré que cette fameuse Assemblée serait dissipée dès la veille. Mais quoique M. de Limoges eût célébré ce jour-là la sainte Messe dans la créance que ce serait la dernière, néanmoins on proposa encore un ,très grand nombre d'affaires qui ne purent être terminées que le lendemain, quelques instances que M. de Sens pût faire pour la clôture de cette Assemblée, il y avait même toutes les apparences du monde qu'elle durerait encore tout le reste du mois de mai, si ce prélat n'eût employé toute sa vigueur pour en bâter la conclusion.

Dans cette dernièredélibéraiion, quelques-unsproposèrent de nommer M. Le Moine et quelques autres docteurs favorables aux Jésuites pour dresser un corps de morale contraire à celui des casuistes nouveaux. Mais M. de Sens empêcba avec plusieurs autres un s^i honteux couronnement de toutes les infamies de l'Assemblée, qui aurait été flétrie d'un déshonneur éternel, si elle eût commis la guérison des plaies de l'Église à ceux qui n'étaient capables [que] de les envenimer.

M. l'abbé Poucet, l'un des promoteurs de l'Assemblée, eut soin qu'elle finît d'une manière conforme à son commencement et à son progrès, et fit un petit discours en forme de harangue pour louer le clergé de ce qu'il avait détruit les jansénistes avec tant de force et de courage. Mais la parole lui manqua dans cette importante occasion, et Dieu l'éteignit dans sa bouche pour la consolation de tant de théologiens si orthodoxes qu'il entreprenait de flétrir.

On fit quelque temps après l'éloge des principaux députés de cette Assemblée en ces vers qui marquent le caractère de leur esprit, et la conduite différente qu'ils y tinrent depuis la fin de l'année 1655 jusqu'à la fin du mois de mai 1657 • :

Illustres députés du grand clergé de France, Trahissez-vous ainsi son espoir et son choix? Vous seuls étant payés pour sa juste défense, Lui pouvez-vous ôter le secours de vos voix?

1. Toutes les notes suivies de la mention : note du ms. se trouvent au ms. autographe, en marge des strophes auxquelles elles se rapportent. Elles ont été ajoutées ultérieurement, on ne saurait dire par qui, pour l'intelligence de la pièce.

426 MÉMOIRES DE GODEFROl HERMANT

Quel leurre assez puissant vous fait tromper l'Église Et lui ravir le droit de vos fidélités? Mais quel charme plutôt vous trompe et vous déguise En prévaricateurs au lieu de députés?

Que ne t'animais-tu d'une flamme divine, Chef de tant de prélats, vieux métropolitain?'. Le feu du Saint-Esprit entoure ta poitrine*; Mais ce n'est qu'aux habits et jamais dans le sein?

Ton rang, ton revenu, ta dignité, ton âge,

Tout te sollicitait à parler hautement;

Qu'est-ce donc qui te pousse à vendre ton suffrage?

Double esclave est celui qui;sans profit se vend.

Que dis-je? sans profit? par ce commerce il donne Au gros comte neveu ^ dix mille écus par an. Infortuné prélat, quand ce métal résonne Quelque habile qu'il soit, il raisonne en enfant.

Paris n'est pas le lieu de ta première vente; Les États du pays t'ont vu vendre cent fois.' Tes suffrages partout sont ta meilleure rente Rebé, tu parles d'or; la finance est ta voix.

Mais enfin ne veut-on rien donner à la crainte, Qui souvent du plus sage est l'unique raison? Il juge qu'à sa mort, s'il n'use un peu de feinte, La croix [d'or?] passera dans une autre maison.

Quand la peur se saisit d'une tête chenue, Elle y gâte aussitôt l'imagination :

Ce ne sont que frayeur qui le touche et le tue; L'ombre d'un écureuil* lui paraît un lion,

Il craint que l'écureuil sautant de crosse en crosse Ne vienne en fin de compte à sauter dessus lui. Il le connaît hardi, [etl qui court, [et] qui brosse, Qui voudra plus demain qu'il ne veut aujourd'hui.

Quelles perplexités? La cour d'ailleurs le presse De ne rien accorder au cardinal de Retz. Crainte, biens, cour, neveu, coadjuteur, vieillesse, Qui pourrait résister à tous ces intérêts?

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