‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècleChapitre 287 sur 412 · LIVRE XVll · texte numérisé non relu

LIVRE XVll

procès-verbal le sujet de la députation de la ville, il se retira^ sans que ces Pères daignassent seulement le visiter. Voici l'article qui regarde cette députation :

« Et avenant le 8 du mois de mai 1657, environ les six heures de relevée, vinrent vers nous les six députés de la ville de Bayonne, lesquels après nous avoir salué et fait les compliments de la dite ville, nous dirent qu'ils ne doutaient pas que Monseigneur l'évêque ne nous eût envoyés pour exécuter la promesse réitérée qu'il avait faite à la dite ville de rappeler la mission qu'il avait accordée aux Pères Jésuites, s'ils ne se retiraient pas volontairement, du dit lieu du Saint-Esprit aussitôt que le jubilé serait fini. A quoi ils nous supplièrent de ne vouloir pas perdre de temps, d'autant que la délation qui avait été portée jusqu'à cette heure ne faisait qu'augmenter les haines entre les citoyens, de façon que Dieu n'y pouvait être que très grièvement offensé, le service du roi affaibli, la foi publique altérée, et enfin ces choses suivies de funestes et irréparables accidents. Et bien que la ville ayant envoyé depuis un an par trois diverses fois des députés vers les dits Pères, afin de les prier de la regarder avec charité et compassion pour le mauvais état où elle était réduite à leur occasion, et pour leur dire qu'ils voulussent se souvenir que le Père Du Fresne avait donné de son propre mouvement un écrit vu et signé, loué par Monseigneur le maréchal de Graramont, qu'ils sortiraient du lieu du Saint-Esprit dès que les malades de sa troupe se porteraient mieux ; ce qu'ils ne pouvaient s'empêcher d'accomplir s'ils ne voulaient pas que l'on doutât à l'avenir de leur foi en toutes sortes de choses ; ces déférences extraordinaires rendues aux dits Pères n'ont servi qu'à les plus échauffer à cabaler les esprits et à leur faire dire en plusieurs rencontres qu'il leur importait peu qu'on s'égorgeât dans la ville, pourvu qu'ils vinssent à bout du dessein qu'ils avaient de s'y établir. Le discours par eux fait [dejpuis six semaines, à M. Darbo, théologal de la ville d'Acqs, envoyé par mon dit seigneur pour leur parler et se disposer à se retirer ainsi qu'il avait été résolu par trois diverses assemblées générales, sert d'une preuve irréprochable de ce fait avancé. Et il n'est pas que mon dit seigneur n'ait su par d'autres voies que semblables paroles ont été dites dans la ville d'Acqs par quelques uns des dits Pères

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auxquels des personnes de piété et de vertu, qui compatissaient aux désordres naissant dans la ville de Bayonne, les ont ouï dire ; en sorte qu'après ces inhumanités, quand la dite ville n'aurait pas d'autres puissantes considérations pour l'éloignement des dits Pères, ils ne peuvent pas se promettre sinon d'être un sujet de trouble continuel dans le public et des sujets de haine, tandis que la mémoire sera reçue de leur mauvaise conduite, très éloignée de celle des véritables missionnaires, qui enseignent et pratiquent l'humilité, la bonté, et apportent la paix avec l'Évangile, à l'imitation des apôtres. »

Ensuite de cette information, le 13 du même mois de mai, M. d'Acqs, voulant terminer cette affaire, envoya pour ce sujet au Saint-Esprit le sieur Taret, son aumônier, homme de mérite, lequel craignant que les Pères ne déniassent, comme ils firent, ce qu'il avait à leur dire de sa part, ainsi qu'il avait vu auparavant eu ce que leur avait dit le sieur Darbo, il pria la ville de Bayonne de le vouloir faire accompagner par quelques personnes qui pussent alors être témoins de ce qui se passerait. Ce qu'elle fît en lui donnant pour cela trois honnêtes prêtres, quatre des magistrats et deux des plus notables bourgeois, en la présence desquels et de plusieurs d'entre le peuple que la curiosité, ou plutôt le plaisir de voir congédier ceux qui lui donnaient tant d'ombrage y conduisit, M. Taret dit aux Jésuites, avec toute la civilité imaginable, que M. d'Acqs l'envoyait vers eux pour les exhorter et leur enjoindre de sa part de rendre par leur retraite la paix à une ville qui à leur occasion s'en voyait privée depuis si longtemps. Ensuite, les premiers des magistrats qui l'accompagnaient les en prièrent aussi de la part de la même ville, ajoutant qu'elle leur en aurait une particulière obligation. A quoi le Père Hortaquin, fortifié ce lui semblait par quelques-uns de sa faction qui l'accompagnaient, répondit avec une insolence inconcevable qu'ils ne relevaient point de M. d'Acqs ; qu'il n'était point en son pouvoir de les faire sortir d'un lieu où ils étaient établis par la volonté du roi, et qu'ils n'en sortiraient jamais sans ordre de Sa Majesté; que lui qui parlait n'était pas moins prieur de Bigoine que ce prélat était évêque d'Acqs; que quant à la ville de Bayonne, elle les menaçait depuis deux ans; mais qu'ils n'avaient point sujet de la craindre, vu que ces

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