‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècleChapitre 288 sur 412 · LiVRE XVll · texte numérisé non relu

LiVRE XVll

menaces ayant été sans effet, il paraissait bien que ce n'était que des paroles. Cette audacieuse réponse ayant fait connaître à M. Taret que les prières et les remontrances étaient inutiles, il leur commanda de la part de M. d'Acqs de sortir du lieu du Saint-Esprit dans huit jours, à faute de quoi il défendrait à tous ses diocésains d'avoir aucune communication avec eux sous peine d'excommunication. Sur cela ces Pères témoignèrent nettement que ces sortes d'interdits ne leur faisaient pas grande peine, et que toutes ces menaces n'étaient nullement capables de les obliger à sortir.

Mais le peuple, les entendant parler ainsi, s'émut de telle sorte qu'en moins de quatre heures, ayant fait sonner le tocsin, ils vinrent tambour battant et les chassèrent honteusement du poste qu'ils avaient protesté tant de fois de n'abandonner qu'avec la vie. Ainsi il fit seul ce que toute la ville ensemble n'avait pu exécuter en quatre ans, et les circonstances particulières de cette action firent voir que Dieu ne l'improuvait pas. Gardes quatre jésuites qui composaient cette troupe, entre lesquels était le Père Hortaquin qui disait vouloir souffrir le martyre, s'étant enfuis, et les autres s'attachant opiniâtrement au saint ciboire, comme pour implorer le Saint des Saints à défendre l'obstination de sa compagnie, et disant des choses si indignes non seulement d'un religieux mais d'un homme raisonnable que la modestie humaine ne permet pas de les écrire, ce peuple, après lui avoir fait ôter le saint ciboire d'entre les mains par un prêtre fort vertueux, il l'accompagna avec tout le respect imaginable jusque dans la principale église, et plusieurs remarquèrent avec une consolation particulière que, quoi que le vent fût fort violent, il ne put éteindre nul des quatre flambeaux qui le précédaient.

Ainsi après une si grande persécution, et une aussi longue guerre que celle que ces ennemis publics avaient fait à toute une ville, Bayonne s'en vit heureusement déli-' vrée, et d'assiégée qu'elle était par celte furieuse cabale et cette dangereuse faction qui lui faisait sans cesse appréhender quelque accident funeste et tragique, elle se trouva libre et en état de pouvoir à l'avenir s'acquitter de ce qu'elle devait à Dieu et à son roi.

Ces Jésuites reçurent encore une autre humiliation dans

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ce même mois de mai, parce que le chapitre général des Chartreux finit sans qu'ils y eussent fait ordonner la signature du formulaire, ainsi qu'ils l'avaient prétendu par leurs cabales, qui n'épargnent pas les communautés les plus solitaires.

On peut mettre aussi au nombre de leurs amertumes la dix-huitième lettre provinciale, qui se lisait en ce temps là avec une avidité incroyable de ceux qui l'examinaient sans préoccupation; et elle détrompait de jour en jour une infinité de personnes qui n'avaient pas encore bien compris jusqu'à ce temps là de quoi il s'agissait dans les dernières contestations de l'Église.

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