LIVRE XVII
de Bienassis, y assista exactement tous les dimanches à la messe de paroisse, parce que l'office s'y faisait très bien, et madame son épouse s'y confessa et y communia deux ou trois fois sans que personne lui dît quoi que ce soit, mais sans faire aucune connaissance avec pas un des ecclésiastiques. Cependant un homme de condition de la ville de Clermont vint avertir M. Périer que, s'étant confessé à l'un de ces ecclésiastiques établis à Saint-Ferréol et qui n'en était point curé, [celui-ci] lui avait ordonné par pénitence de s'abstenir de la fréquentation de ce conseiller de la cour des aides, parce qu'il était janséniste, ajoutant que ceux qui le fréquentaient étaient excommuniés. Sur quoi le pénitent fort surpris d'un genre de pénitence si extraordinaire lui témoigna l'étonnement de ce qu'il parlait ainsi de M. Périer, vu que les Carmes déchaussés, religieux fort austères et d'une grande vertu, le voyaient tous les jours; à quoi le confesseur répartit que tous ceux généralement qui le voyaient étaient excommuniés. Mais le pénitent, qui ne se pouvait pas rendre si légèrement à ce que ce prêtre exigeait de lui, le pria de lui permettre de consulter d'autres personnes sur ce sujet, ce qu'il lui permit, pourvu que ce ne fût ni Carmes déchaussés, ni prêtres de l'Oratoire. Néanmoins cette exception n'empêcha pas cet homme de condition d'aller voir le jour même les Carmes déchaussés, pour leur dire tout ce qui s'était passé, et leur demander conseil de ce qu'il aurait à faire. Ces Pères, se trouvant exlraordinairement choqués d'une conduite si irrégulière et si injuste, le Père Chardon, leur provincial, en alla porter sa plainte à M. Pereyret en qualité de grand vicaire, qui trouva le procédé des missionnaires très mauvais et promit de leur en parler. Et sur ce que le Père Chardon lui témoigna que M. Périer était le plus offensé, et ayant appris cette histoire était résolu de leur en aller demander l'éclaircissement à eux-mêmes; M. Pereyret lui témoigna que ce conseiller ferait bien d'en user ainsi; que c'était la meilleure voie qu'il pouvait prendre; que c'était une même affaire que celle de M. de Liancourt, en laquelle il trouvait que l'on avait eu tort d'avoir rendu publique une chose fort secrète, et qu'il ferait bien d'agir, d'une autre manière. M. Périer^ ensuite de cet entretien, s'étant fait accompagner d'une personne de condition et de vertu qui ne pouvait être
suspecte, alla à Saint-Ferréol et demanda à parler à M. Conder, supérieur de cette maison, arrivé seulement depuis deux jours. Il lui dit après les premières civilités qu'il venait lui faire une plainte, ou plutôt s'éclaircir de ce qu'on lui avait rapporté de l'un de ses ecclésiastiques. Il lui raconta la chose, et lui dit qu'il trouvait fort extraordinaire que des personnes qui ne le connaissaient point, qui ne lui avaient jamais parlé, qui ne l'avaient vu qu'à l'église faire des actions de chrétien, qui l'avaient eux-mêmes admis aux sacrements avec sa famille, les voulussent faire passer pour des hérétiques et des excommuniés; qu'il trouvait ce procédé si étrange qu'il lui paraissait entièrement incroyable, et qu'il venait pour en apprendre la vérité de la personne même qui avait tenu ce discours, et en sa présence comme étant son supérieur. M. Conder ayant fait venir ce prêtre, M. Périer lui dit ce qu'on lui avait rapporté de sa part et la défense qu'il avait faite à ce pénitent, homme de condition, de le fréquenter. Mais le confesseur se tira d'affaire en disant que c'était une pure supposition, et s'offrit de le soutenir en la présence de la personne même qui lui en avait fait le rapport. M. Périer de sa part lui témoigna être fort aise de cette déclaration; qu'il ne demandait pas d'autre satisfaction qu'un désaveu si précis, et n'en voulait pas d'autre éclaircissement. Il prit même la résolution de tenir la chose secrète, et par sa prudence elle ne fut sue que de Port-Royal par une lettre qu'il en écrivit à un de ses amis.
Dans l'entretien qu'il eut avec M. Conder, la personne qu'il avait priée de l'accompagner dit à ce supérieur du séminaire qu'il avait deux filles pensionnaires à Port-Royal, et M. Conder lui répondit que c'était là des religieuses d'une grande vertu, et que, hors une ou deux qui étaient infectées du venin du jansénisme, toutes les autres étaient fort saintes. Mais M. Périer, qui connaissait mieux Port-Royal que ce prêtre qui le diffamait sur des bruits vagues et confus, l'arrêta tout court sur ce mot, et le pria de ne point continuer ce discours parce qu'il n'était pas en disposition de le laisser passer sans répartie.
Il mandait aussi par cette lettre que le Père Chardon, provincial des Carmes déchaussés, après avoir lu toutes les dernières pièces de M. Arnauld, lui avait témoigné que s