‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècleChapitre 291 sur 412 · LIVRE XVII · texte numérisé non relu

LIVRE XVII

ce docteur était hérétique, il l'était aussi; que c'était là justement tout ce qu'il pensait, et que s'il lui fallait faire une confession de foi et rendre raison de sa créance sur la matière de la grâce, il ne pourrait dire autre chose; que la pure doctrine de saint Augustin et de saint Thomas avait été si bien expliquée par M. Arnauld dans ses derniers écrits, sans se départir de tout ce qu'il avait dit auparavant, qu'il ne croyait pas que personne pût y trouver à redire.

M. Périer recevait cette consolation parmi les traverses que l'on préparait à sa personne et à sa famille, et il reconnut par la suite qu'on ne pouvait point être impunément beau-frère de M. Pascal ; et que si les juifs avaient voulu tuer Lazare depuis que J.-C, l'avait ressuscité, il n'était pas surprenant que Dieu ayant eu la bonté de guérir sa fille par un miracle aussi éclatant qu'était celui que la vertu de Sainte-Épine avait opéré en elle, il était bien just€ qu'il fût exposé à l'indignation et à la vengeance des Jésuites.

Le 8™* jour de juin ', M. Périer, conseiller en la cour des aides de Clermont en Auvergne, mandait ce qui s'était passé sur le sujet de la publication de la nouvelle bulle, et les menaces qu'on lui faisait personnellement. C'était M. Pereyret qui avait pris l'occasion du synode de la Pentecôte, pour publier cette bulle, et aussi une partie de la relation de l'Assemblée du clergé, s'emportanl contre les disciples de Saint Augustin avec toute laigreur imaginable. Ensuite, elle fut publiée par les paroisses avec un mandement fort sanglant dressé par ce même docteur, qui portait entres autres choses : que les livres, lettres et autres pièces où il se trouverait que les cinq propositions ne sont pas dans Jansénius seraient portées sans délai à M. l'évêque de Clermont ou à son grand vicaire pour être brûlés, et qu'à faute de ce faire, quiconque les garderait serait excommunié ipso facto.

Une si horrible violence alarmait en ce pays là tous les amateurs de la vérité; mais M. Périer était plus butté que les autres, en qualité de beau frère de M. Pascal. Aussi ce fut pour l'intimider davantage que M. l'évêque de Cler-

1. Il paraît assez probable que tout ce passage jusqu'à la fin du chapitre, qui fait l'objet d'un « papier » séparé, a été ajouté après coup. Le style même semble l'indiquer.

mont étant allé voir le Père Chardon, provincial des Carmes déchaussés, et lui ayant d'abord parlé de la bulle, lui dit qu'il ferait souscrire tout le monde. Quoique ce religieux, qui était fort sage, se tînt le plus couvert qu'il put dans ses réponses, il ne laissa pas néanmoins de lui insinuer* doucement quMl avait lu une grande partie de Jansénius, mais qu'il n'y avait pas trouvé ces propositions, sans lui déclarer s'il signerait ou s'il ne signerait pas. M. de Clermont, dans la suite de cet entretien, lui dit qu'il y avait des personnes dans sa ville qu'il savait être jansénistes, et il nomma M. Périer, ajoutant qu'il était résolu de les pousser à bout, qu'il leur ferait brûler tous leurs livres, et que, s'ils refusaient de souscrire, il les excommunierait nommément, leur interdirait l'usage des sacrements, et leur fréquentation à toutes sortes de personnes; et qu'outre cela il leur ferait perdre leurs offices, et qu'il attendait les ordres de Paris pour cela.

Ce prélat, qui était brouillé avec M. Pereyret, venait de se réconcilier avec lui sur cet article, et ils n'attendaient plus que la vérification du Parlement, et se promettaient que s'il n'y en avait point, il y en aurait une au grand Conseil, ou au défaut de l'une et de l'autre, un arrêt du Conseil privé qu'il ferait exécuter dans son diocèse. Mais ces menaces si terribles demeurèrent san^ effet, et Dieu fut le protecteur de M. Périer et de tous les disciples de saint Augustin dans Clermont.

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