‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècleChapitre 293 sur 412 · LIVRE XVII · texte numérisé non relu

LIVRE XVII

oreilles, et il confirma encore en ce temps là au signor Brunetli qu'il marcherait toujours à la tête des Jésuites pour empêcher que ces deux bulles ne fussent enregistrées au Parlement, parce qu'il regardait cette formalité comme une chose tout à fait contraire à l'autorité du pape.

Il ne pouvait aussi souffrir que M. l'archevêque de Sens se servit de cette voie pour se pourvoir contre le bref de Sa Sainteté dont il le menaçait, et le sieur Mileti assura en ce temps là M. Taignier, docteur de la Faculté de Paris, que cet officier du pape avait fait faire une consultation par des avocats du Palais, pour voir s'il n'y aurait pas moyen d'empêcher que ce prélat n'appelât comme d'abus, en cas que sur ce bref, qui portait commission à quelques évêques de France pour lui faire son procès, le roi permît aux commissaires d'informer contre lui; que les avocats avaient répondu d'une même voix que cela ne se pouvait point, attendu l'usage de la France. Il dit aussi à M. Taignier que tous les officiers de M. le nonce étaient persuadés que les Jésuites étaient de très mauvais conseillers pour lui, et capables de lui faire faire de très grandesfautes, mais qu'ils ne pouvaient l'empêcher.

M. Brunetti dit à ce ministre de Sa Sainteté que sans doute l'opiniâtreté de ces Pères amollirait sa fermeté, parce que, s'agissant de la gloire de leur compagnie, ils exposeraient toutes choses et hasarderaient les moyens les plus forts pour le porter à en faire lui-même la démarche et à demander de son chef cette vérification au roi, mais M. le nonce lui répartit qu'il n'en ferait jamais rien.

M. Baudet de Beauregard dit aussi en ce temps là au même sieur Taignier que le Père Alby, jésuite de Paris et frère d'un autre Père Alby*, de la même société, qui avait eu autrefois un démêlé avec feu M. Puys, sacristain de Saint Nizier de Lyon, lui avait témoigné depuis quelques jours que leur compagnie était sensiblement touchée de ce que dans le Parlement de Grenoble on n'avait pas voulu publier les deux bulles du pape, et particulièrement la constitution d'Innocent X, quoique le Parlement de Provence, celui de Languedoc et celui de Guyenne l'eussent vérifiée;

1. L'un des deux frères se nommait Henri Alby, il Técut de 1590 à 1659, fut recteur de plusieurs collèges et écrivit sous le pseudonyme de DuVerdier. L'autre est inconnu.

qu'il lui avait répondu qu'ils étaient dans le dessein de ne rien vérifier touchant ces matières jusqu'à ce qu'ils eussent vu quelles démarches ferait le Parlement de Paris, étant tout à fait résolus de se conformer à sa conduite.

M. de Sens fut convaincu en ce temps là que ce n'était point en l'air qu'on l'avait menacé d'un bref du pape. Il apprit que la cour avait consenti que M. le nonce en poursuivît l'exécution, et messeigneurs d'Arles et de Toulouse qui étaient nommés commissaires pour cet effet s'étaient déjà assemblés là dessus. Il témoigna n'en avoir nulle inquiétude, et attendre de pied ferme qu'on l'attaquât, étant résolu de se défendre avec la dernière force, de parler luimême au Parlement et de défendre sa cause avec toute la vigueur possible, « sans rien dissimuler, disait-il, de tout ce qui se pouvait dire de la tyrannie de Rome qui s'établissait insensiblement en France. » Il est certain que M. de Marca n'en voulait point faire à demi, et que n'épargnant point un prélat de la naissance, du rang et du mérite de M. de Sens, il ne fallait pas que des prêtres et des théologiens prétendissent se garantir de sa fureur.

Il s'en était ejtpliqué quelques semaines auparavant avec dom Luc d'Achery*, bénédictin, bibliothécaire de l'abbaye de Saint Germain des Prés. Car, après s'être plaint à lui du peu de revenu de l'abbaye qu'on venait de lui donner, et s'en être consolé par l'espérance d'une pension que le cardinal Mazarin lui avait promise, il fit encore de plus grandes plaintes de messieurs du Parlement, de leur opposition à la réception et enregistrement de la bulle, et de ce qu'ils avaient pris l'alarme sur l'Inquisition. Et après plusieurs discours contre le prétendu jansénisme, dom Luc lui ayant dit qu'il serait aisé de punir ces personnes si le nombre en était si petit qu'il le disait, M. de Toulouse s'approchant de son oreille^ lui dit assez bas : « On ne peut ruiner cette secte qu'en faisant à l'égard des principaux ce que le cardinal de Richelieu a fait à l'égard de Saint-Cyran qu'il mit en prison ; et si trois ou quatre des principaux jansénistes étaient à la Bastille, toute l'Église serait en repos. »

Le samedi S'"^ jour de juin, M. du Tronchay de Martigni, le

1. Dom Luc d'Achery (1609-1685), savant bénédictin, est auteur du vaste recueil sur le moyen-âge paru sous le titre de Spicilège.

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