LIVRE XVII
plus ancien des députés des chambres pour l'affaire de la déclaration et vérification des bulles, alla trouver M. le président de Nesmond en la chambre où il jugeait des procès de commissaires, et lui demanda si le roi ne lui avait point fait savoir sa volonté touchant cette vérification. M. de Nesmond lui dit qu'il ne songeait plus à cette afîaire, qu'il n'en avait rien appris du côté de la cour, qu'il pourrait en apprendre quelque chose entre le samedi qu'il lui parlait et le mercredi suivant; qu'il lui promettait de ne rien faire sur cette affaire avant ce jour là sans lui en donner avis, et qu'il enverrait à M. le procureur général pour savoir de lui ce que le roi aurait résolu sur ce sujet.
11 se gardait bien de leur dire quel avait été le résultat d'une conférence secrète qui s'était tenue chez M. le chancelier, le 23 de mai, et où MM. Fouquet, procureur général et Ondedei, évêque de Fréjus, s'étaient trouvés. Car ce dernier s'étant chargé de porter au cardinal Mazarin les nouvelles de ce qui se passait, il avait été résolu que, vu l'opposition si ferme du Parlement, on supprimerait la déclaration du roi touchant la vérification et l'enregistrement de la bulle.
Le 4 juin, M. du Tronchay ayant assemblé messieurs les députés au cabinet, et leur ayant fait le rapport de ce que M. le président de Nesmond lui avait dit le samedi précédent, ils résolurent d'aller au greffe, pour savoir de ce président la vérité de ce rapport^ et il leur répéta la même chose.
Ce même jour, messieurs les curés de Paris s'assemblèrent au lieu où ils tenaient ordinairement leurs assemblées, et ils conclurent plusieurs choses très considérables: 1° de faire signifier à MM. les agents du clergé un acte de protestation, tant contre ce que le clergé avait fait en l'affaire du Père Bagot touchant la hiérarchie, et de ce qu'il n'avait pas condamné les pernicieuses maximes des nouveaux casuistes qu'ils leur avaient présentées; que néanmoins on attendait pour cette signification le retour de M. Rousse, curé de Saint-Roch, qui y était, et ils attendirent tout lemois;2<* qu'ils poursuivraient par devant M. l'official de Paris le procès qu'ils avaient commencé il y avait plus de deux ans, tant contre le Père Bagot sur le fait de la hiérarchie que contre le Père Lambert, à cause des catéchismes scanda-
leux qu'il faisait dans la maison professe des jésuites de la rue Saint-Antoine, M. de Saint-Paul ayant déjà repris l'instance contre ce Père, à cause de quelque catéchisme scandaleux quMl avait fait depuis quelques jours; 3" qu'ils présenteraient requête à Messieurs les grands vicaires de l'archevêché de Paris contre les maximes pernicieuses des nouveaux casuistes pour en demander la condamnation.
Il y eut quelques curés qui trouvèrent à redire à l'acte de protestation, qui fut lu dans cette assemblée, et entre autres M, Chapelas, curé de Saint-Jacques de la Boucherie, et M. Roullé, curé de Saint-Barthélémy, disant qu'il y avait quelques mots trop durs. Cela fut cause qu'ils députèrent quatre curés pour recevoir cet acte, et afin de faire cesser leurs plaintes, ils mirent M. Roullé même au nombre de ces députés.
Le Père Catillon et le Père Le Bossu', jésuites, déclarèrent aussi qu'ils ne voyaient pas de difficiilté à recevoir les jansénistes à la communion de l'Église s'ils n'avaient pas tant de fois déclaré leurs sentiments contre le pape; et le Père Maynen, que la crainte tenait d'autant plus dans la dépendance de ces Pères qu'il avait autrefois porté leur habit, s'emporta dans une de ses prédications à un si grand excès contre les disciples de saint Augustin, qu'il ne craignit pas de dire qu'il fallait les exterminer, parce qu'ils ne croyaient ni à l'Église, ni au pape. Quelques-uns voulurent aussi s'en tirer en disant que comme il y avait d'anciens thomistes et de nouveaux, ainsi il se trouvait d'anciens et de nouveaux jansénistes.
Le 6 du même mois, M. du Tronchay fît assembler MM. les députés des enquêtes pour aller au greffe du Parlement ; et là M. le président de Nesmond leur dit qu'on ne parlerait point de la déclaration ni des deux bulles d'un mois entier; qu'il leur engageait sa parole que s'il arrivait quelque ordre contraire, il leur en donnerait avis aussitôt, et en s'en retournant, il dit à M. du Tronchay, à l'oreille : « Nous avons pris un temps plus étendu jusqu'au retour de la cour, mais il vaut mieux remettre de mois en mois pour réveiller l'attention et la diligence de Messieurs des
1. Simon Le Bossu (1606-1665), jésuite, régeut de rhétorique et auteur de plusieurs ouvrages.