‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècleChapitre 301 sur 412 · Voir ci-dessus livre XV, ch. xxvi; toiue 111, p · texte numérisé non relu

Voir ci-dessus livre XV, ch. xxvi; toiue 111, p

4(58 MÉMOIRKS DE GODEFROl HERMANT

deux lieues de Libourne, le sieur Ferrand, l'un des jurais de la même ville, accompagné de quelques autres messieurs, vint au devant de lui dans une chaloupe équipée de banderoles bleues avec des croix blanches, et dès qu'ils l'eurent reconnu, ils firent une salve de fusils, et quelquesuns de ses paroissiens de la campagne jouèrent de leurs fifres, ayant ensuite abordé son bateau avec toutes les marques possibles d'une grande joie pour son retour.

Sur le port de la Grave de Fronsac, les principaux officiers du présidial de Libourne, accompagnés de gentilshommes, d'avocats et des bourgeois les plus honorables, rabordèrenl avec des caresses [exlra]ordinaires, le menèrent dîner dans une maison des principales dames de la charité; et étant partis tous ensemble à six heures du soir, dans trois bateaux, ils trouvèrent tout le quai du rivage de Libourne plein d'une foule de peuple; cinquante mains étaient tendues à la fois pour recevoir le curé autour de la planche, et mille voix confuses firent retentir des bénédictions pour la joie de son retour. Il marcha en cet équipage entre le lieutenant-général et le procureur du roi, droit à l'église, suivi d'une foule extraordinaire de peuple qui fit sonner le carillon, et il eut une peine extrême à y aborder parmi cette foule de tant de monde, dont quelques-uns lui baisaient les mains et les autres se mettaient à genoux pour lui demander pardon des faux témoignages qu'ils avaient rendus contre lui. Après qu'il y eut fait sa prière, les mêmes personnes le conduisirent en son logis, et les visites qu'on lui rendit durèrent jusques bien avant dans la nuit.

Cette grande réjouissance redoubla l'envie et la fureur de ses ennemis, qui le traitaient d'excommunié et avaient publié pendant son absence qu'il ne reviendrait jamais. Le Père Georges, récollet, fit ce qu'il put pour étouffer les bénédictions du peuple, et voyant que celte voie lui réussissait mal, il courut chez ceux qu'il avait fait autrefois révolter contre lui et complota avec eux de le faire mettre en prison en vertu du décret que les commissaires de M. l'archevêque de Bordeaux lui avaient donné l'une des années précédentes; mais le peuple ayant découvert ce dessein, menaça ceux qui entreprendraient de l'off'enser de les jeter dans la mer, et le curé, pour empêcher le désordre, se vit

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