‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècleChapitre 302 sur 412 · LIVRE XVIT · texte numérisé non relu

LIVRE XVIT

obligé d'aller à Bordeaux, et M. l'archevêque manda qu'on le protégeât.

L'ardeur violente du récollet et de ses complices ne se ralentit pas pour cela ; ils écrivirent à leur métropolitain que le curé avait fait une entrée séditieuse, qu'il s'était fait attrouper (sîc) de gens armés, et fait sonner le carillon; que l'église avait été jonchée de fleurs et de lauriers; enfln qu'il s'était fait rendre plus d'honneurs qu'on n'en rendrait à Sa Grandeur s'il y allait. M. de Bordeaux, irrité tout de nouveau contre le curé, lui en fit de très grands reproches, sans considérer qu'il le rendait responsable d'une conduite qu'il n'avait pu empêcher, et sans avoir égard au génie des Gascons qui ne lui devaient pas être inconnus depuis tant d'années qu'il les gouvernait. Cela augmenta la passion des persécuteurs de ce curé, par l'avantage qu'ils prirent d'une si sévère correction, et ils crurent que cela leur donnait un nouveau droit d'employer contre lui les plus noires calomnies. En effet, dès que le prélat fut arrivé à Bordeaux, après l'avoir congratulé de son zèle contre ce pasteur qu'ils appelaient un très méchant prêtre, ils l'accusèrent faussement d'avoir [refusé de] porter les sacrements à une femme mourante parce que son mari avait été témoin contre lui ; que l'esprit de vengeance l'avait porté à une si grande extrémité qu'il ne fallait plus attendre de lui aucun secours spirituel, et qu'il était absolument nécessaire de leur donner un autre curé.

Le curé, ayant été cité honteusement sur une accusation si atroce, se justifia en présence de ses calomniateurs ; il prouva quMl avait porté le Saint-Sacrement à cette femme, sans le lui avoir refusé ; et qu'elle vivait encore, quoiqu'il y eût déjà huit jours qu'elle avait reçu le viatique; qu'il est vrai que le mari de cette femme étant l'un des faux témoins qui étaient contre lui, était venu dans l'église avec un notaire pour le sommer de porter le Saint-Sacrement à sa femme; que le curé lui ayant dit que c'était là une mé. chante manière de recevoir la communion à la mort, et qu'il fallait qu'il parûtpar une attestation qu'elle s'était confessée, le mari le querella fort ; mais que cette femme s'élant mise en meilleur état qu'elle n'était auparavant, ce curé ensuite lui avait porté le corps de Notre Seigneur. Mais la justification si sensible et si convaincante de ce

pasteur n'empêcha pas M. l'archevêque de le traiter indignement en présence de ses parties et de tous les assistants.

On lui fit encore un autre genre de persécution en lui suscitant un cabaretier de Liboume pour lui demander le paiement des frais qu'avaient faits chez lui les commissaires envoyés, disait-il, par la Congrégation contre les jansénistes^ et sur cette prétention les officiers de l'archevêché le condamnèrent aux dépens, afin que l'on en pût inférer qu'il était coupable dans le fond, et pour lui ôter les moyens de sa subsistance en l'accablant de chicaneries et de frais.

11 écrivait une partie de ces choses le 24 juin, c'est-à-dire dans le temps que M. de Bretonvilliers profanait la chaire de Saint-Sulpice par ses invectives, et ce n'était encore là que l'ouverture de sa seconde persécution.

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