LIVRE XVII
semblée générale du clergé de France sur le sujet de M. le cardinal de Retz, archevêque de Paris.
Cette réponse avait été composée sur des mémoires fort exacts, et contenait la substance des avis de chaque député de l'Assemblée dans cette importante délibération. Aussi fut-elle recherchée comme un supplément curieux du procèsverbal, où ou s'était bien donné de garde de rapporter toutes les particularités de cette affaire, qui ne pouvait être que tout à fait honteuse à M. de Marca et à ceux de sa faction qui avaient vendu leurs suffrages à la cour, et fait mille intrigues pour rendre les voix de plusieurs provinces caduques, sans autre fruit que de trahir l'Église, ôter le pain a un archevêque disgracié, et laisser à la postérité le plus pernicieux exemple du monde en ne prenant pas d'autres règles que la passion des favoris pour opprimer ceux qui leur seront désagréables, quelque élévation qu'ils puissent avoir par leur dignité et par leur sacré caractère.
M. de Toulouse n'eut pas seulement le déplaisir de voir ses prévarications et ses fourberies exposées aux yeux de tout le monde ; mais même il eut la confusion de voir la réfutation des fautes grossières qu'il avait commises dans son écrit contre l'intelligence des canons , qui était la science dont il se piquait le plus. L'auteur l'avait suivi pied à pied pour ruiner les faussetés et les mensonges dont son écrit était tout rempli, et l'avait réduit à un silence éternel sur cette matière, et à ne pouvoir répliquer que par de nouvelles cabales et par des intrigues qui ne servait qu'à faire voir sa lâcheté et sa violence. On lui soutenait fortement cette maxime : Spolialus ante omnia resiituendus, dont l'Assemblée avait fait une exacte discussion, et que cet archevêque avait voulu éluder par de basses chicaneries, en reprochant à M. le cardinal de Retz le défaut de serment de fidélité, quoique la seule impuissance de le faire avec sûreté de sa personne l'eût empêché de s'en acquitter; qu'il l'eût même fait afficher par les rues de Paris ; et qu'en tout cas il ne s'étendit pas sur les abbayes du cardinal, dont les revenus temporels n'étaient pas moins saisis que ceux de l'archevêché de Paris.
On reprochait à M. de Marca sa mauvaise foi dans la citation de plusieurs exemples de l'histoire ecclésiastique, non seulement à cause des mauvaises interprétations qu'il leur
donnait pour les affaiblir, mais aussi parce qu'il en avait supprimé un très grand nombre. Car les députés qui soutenaient les intérêts de l'Église avaient rapporté dans l'affaire de Gilles, archevêque de Reims, accusé de conspiration contre la vie du roi Childebert; dans celle d'Hincmar, évêque de Laon, maltraité dans le concile de Donzy par Hincmar, archevêque de Reims, son oncle, et rétabli ensuite par l'autorité du pape Nicolas; dans celle d'Arnoul, archevêque de Reims, qui fut aussi rétabli par le pape Jean XV après avoir été déposé dans un concile de Reims où il n'avait pas manqué de défenseurs.
On représentait aussi à M. de Toulouse ce que l'on avait cité pour l'établissement de l'immunité ecclésiastique et du privilège ecclésiastique, par les témoignages de Geoffroy', abbé de Vendôme, de Saint-Bernard, des papes Innocent III et Boniface VIII, du pape Paul II, du roi Louis XI et du pape Innocent VIII.
Enfin cet auteur lui soutenait que la résolution de la plupart des députés avait été conçue à peu près dans ces termes : « Que le roi sera très humblement supplié que l'Assemblée fasse les offices qu'elle a résolus pour le temporel de l'archevêché et des abbayes de M. le cardinal de Retz; et qu'elle lui puisse toujours parler de toutes les affaires ecclésiastiques, et particulièrement de celle-ci qu'elle estime regarder essentiellement l'Église; qu'ils persistent dans la délibération qui a été faite le 25 d'octobre, et à laquelle il n'y a rien à ajouter sur le fait des offices et des remontrances. Que pour rendre le respect qui est dû aux lettres de cachet qui portent le nom du roi, l'Assemblée fera de particulières remontrances sur la défense que le roi lui fait de parler du temporel de M. le cardinal de Retz, et qu'elle représentera par ses députés qu'ayant droit de parler à Sa Majesté de toutes sortes d'affaires ecclésiastiques, il lui doit toujours donner audience sur cette matière, et particulièrement Sur celle-ci, qui est de la dernière importance.
« C'est le véritable avis des défenseurs de l'Église, concluait l'auteur de cette réponse, l'autre n'étant que l'illusion
1. Geoffroy ou Godefroy, abbé de Vendôme et cardinal, fut un des plus riches bénéficiaires de France au xii« siècle. Ses ouvrages ont été recueillis et publiés par Je P. Sirmond en 1610.