LIVRE XVII
Jansénius après la déclaration 'des papes, est injurieux au pape et à l'Église, qui généralement a reçu les bulles des papes, et qu'il est schismatique et en état de damnation éternelle suivant la doctrine de saint Paul : Qui potestati resistit, Dei ordinationi resistit, et ipsi sibi damnationem acquirunt. Et parce que je vois que ces matières que j'avais promis de prêcher font scandale, je m'en abstiendrai entièrement. »
On n'aurait pas cru que ce Père dût jamais donner une déclaration si basse et si contraire à ses véritables sentiments; il le fît néanmoins pour acheter une paix dont l'ombre seule l'éblouit, et cela ne lui servit de rien. Car M. le chancelier ayant fait examiner cette déclaration par MM. Le Moine et Grandin, on lui dit qu'elle n'était pas assez expresse pour le justifier; et on lui présenta le formulaire de l'Assemblée -avec ordre de le signer, ou d'aller se reléguer dans l'une des dernières villes de Languedoc. Laforet, exempt du Prévost de L'Isle, eut ordre de l'arrêter, et il l'aurait fait s'il ne se fût mépris en arrêtant un autre prédicateur pour lui.
Ce ne fut pas la seule amertume de ce Père ; car M. de Contes, doyen de Notre-Dame et grand-vicaire de M. le cardinal de Retz, le blâma publiquement d'avoir donné une déclaration de sa foi à des magistrats séculiers, au lieu d'en rendre compte seulement aux officiers de son archevêque.
Il trouva aussi de la contradiction dans sa congrégation même. Car ayant été nommé supérieur de leur maison de Saint-Julien, dans la rue Saint-Martin, ses propres confrères s'opposèrent à sa réception jusqu'à ce qu'il eût satisfait au pape, aux évêques et au roi sur le sermon dont on lui faisait un si grand crime. Son afTaire ne fut pas terminée en ce temps-Iù, et nous en parlerons encore dans la suite. Il était inévitable à toutes les congrégations où il se trouvait des disciples de saint Augustin de voir s'élever des persécutions sur le sujet de la signature. La lettre du Père Général de l'Oratoire fut une malheureuse plante qui porta des fruits amers dès qu'elle commença à paraître. A peine était-il sorti de Saumur, qu'ayant voulu y faire exécuter ses ordres, ceux qui y étaient restés lui adressèrent cette réponse datée du 6 de juillet ;
« Notre très révérend Père,
« Nous vous demandons bien humblement voire bénédiction. Depuis votre départ, il est arrivé une si fâcheuse affaire dans notre maison qu'elle mériterait bien que nous députassions quelqu'un d'entre nous pour vous informer de vive voix, n'étant pas possible d'en mettre toutes les circonstances sur le papier. Néanmoins, comme elle est d'une nature dont le seul rapport est capable de choquer les personnes les moins équitables, nous avons cru que cette lettre pourrait suffire pour obtenir ce que nous avons dessein de vous demander. Nous vous demandons donc, notre très révérend Père, de rendre justice à un de nos Pères. C'est le Père Ghaix, dont vous connaissez le mérite et la vertu, qui a été traité dans cette affaire des signatures avec plus d'indignité qu'on ne ferait le moindre des laïques. Car notre révérend Père supérieur nous ayant présenté en classe un papier à souscrire, ce que nous avons fait quoique nous eussions tous les sujets du monde de ne le point faire, puisque vous ne nous en avez rien dit ici en commun ni en particulier, mais seulement ordonné d'obéir aux évêques quand ils parleraient là-dessus; n'y ayant non plus aucun ordre par écrit qui déclarât [votre] volonté, le dit Père Chaix a trouvé difficulté à donner sitôt son nom, et a prié le Révérend Père supérieur d'attendre le mandement des évêques sur une affaire si importante, et lui donner cependant du temps pour penser à ce qu'il devait faire. Quoique nous n'approuvions ni ne condamnions pas non plus sa conduite, nous avons néanmoins jugé sa demande très juste, et cru qu'on ne pouvait pas lui refuser une chose qui se trouvait même conforme à vos volontés, puisque vous n'avez fait que nous soumettre aux évêques, et à leurs mandements. Mais notre Révérend Père Supérieur n'a pas seulement rejeté sa prière ; il en est venu jusqu'à cette extrémité que de lui interdire les autels, et de le priver de toute autre communion active et passive dans cette maison ; et ne lui ayant donné qu'une nuit à se résoudre la première fois, et six jours à la seconde, ce qu'il n'accorda qu'après des supplications très fortes et très pressantes que nous lui fîmes lorsqu'il était sur le point de partir ; et pour comble d'affliction pour ce pauvre Père, il lui a protesté, et à nous aussi,