‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècleChapitre 316 sur 412 · LIVRE XVII · texte numérisé non relu

LIVRE XVII

qu'il s'allait rendre solliciteur contre lui auprès de vous, et qu'il se faisait fort d'obtenir un ordre d'exclusion dans peu de temps; ayant cependant ordonné qu'aucun ne le reçût à confesse pendant le temps de son absence, qui ne doit être que de quinze jours. Quelle conduite est celle-là, Très Révérend Père? A-t-on jamais vu traiter un prêtre de la sorte pour un sujet semblable? Et avons-nous quelque exemple, je ne dis pas dans la congrégation, mais même dans toute l'Église, qu'un prêtre soit devenu tout d'un coup coupable des plus grièves censures pour ne s'être pas rendu aussitôt aux volontés de son supérieur en une chose qu'il ne pouvait exiger de lui non plus que d'un autre, n'y ayant aucun ordre exprès qui parût; et qu'une demande d'un simple délai n'ait fait que l'exposer à un danger manifeste de souffrir la plus grande peine que nous ayons parmi nous. Une conduite si extraordinaire, que le respect nous empêche de nommer autrement, nous a causé tant d'horreur que nous avons cru qu'il y allait de l'honneur et de l'intérêt de cette maison, et de celui même de la congrégation, qui n'a jamais traité ses enfants avec des sévérités si hors d'exemple, de vous en donner avis, non seulement pour empêcher cette peine qui ne sera point exécutée, étant contraire à toutes sortes de lois divines et humaines, et ceux mêmes qui ont reçu ordre d'y tenir la main en ayant de l'aversion ; mais pour vous prier très humblement de ne pas envoyer d'ordre d'exclusion pour une personne que nous croyons ne le mériter en aucune façon, ne s'étant opposée à aucun ordre des évêques auxquels vous nous avez dit que nous devions obéir. Ce n'est pas^ Notre Très Révérend Père, que nous eussions sujet de l'appréhender si nous étions assurés que vous sussiez comme l'affaire s'est passée. Mais comme nous appréhendons beaucoup les surprises dans celte rencontre, nous nous sommes crus obligés, po<ir prévenir ce malheur qui mettrait sans doute de la division dans cette maison, causerait du scandale dans la ville, et qui exposerait peut être le dit Père Chaix à des extrémités très grandes, hors [de la ville et'] de la congrégation, de vous demander tous ensemble cette grâce, n'étant du tout point dans la disposition de nous rendre à là volonté du

\. Ce3 mots ne sout pas au ma.

Père supérieur en celle affaire, et dans celle d'assisler le dit Père dans tous ses besoins. Que s'il fait tant d'opposition, il vous sera facile, Notre Très Révérend Père, de lui donner ordre pour Angers, ou pour l'y disposer pendant ces deux mois qui restent à faire la rhétorique. C'est, Notre Très Révérend Père, la grâce que nous vous demandons très humblement.

'( Notre Très Révérend Père,

« Vos très humbles et très obéissants enfants et serviteurs.

Cette lettre fut cachetée au nom des Pères d'Almas, Fauconnier, Coquery, Le Roy, d'Aprieux, tous de la maison de Saumur. Deux autres Pères écrivirent en même temps pour le même sujet, l'un au Père Général pour le prier de donner quelque délai au Père Chaix, l'autre au supérieur de La Rochelle pour le prier d'interposer son crédit auprès de ce général, afin de conserver ce professeur de rhétorique dans leur congrégation. Mais le Père Bourgoing, dont apparemment ils n'avaient pas encore vu la lettre circulaire, demeura ferme et inflexible dans la résolution de le pousser à bout, et leur fit cette réponse :

« A nos Pères de Saumur qui m'ont écrit sans seing.

« Mes très chers en Notre Seigneur,

«Je vous aime et vous chéris tous selon Dieu, comme vrais enfants de la congrégation, et j'ai une grande douleur en mon cœur de la rencontre que vous avez eue avec votre très bon supérieur. Je vous embrasse avec lui et le bon Père Chaix in osculo sancto, en témoignage de réunion et de la paix de Notre-Seigneur J.-C, que je supplie de répandre en vos cœurs en votre communauté.

Considérons je vous prie ce que vous mandez et en la chose même, et puis dans sa forme. Pour le premier chef, une loi ou un mandement de sa Sainteté exprès étant reçu par les évêques et publié aux diocèses et en chaque paroisse oblige tous les fidèles en conscience de s'y soumettre et y obéir sous les peines portées. C'est une maxime certaine en l'Eglise, et en l'usage et pratique. Concluez de là maintenant que la bulle d'Alexandre VII ayant été publiée (ce que je prie le bon Père Chaix de considérer) et les peines et excommunications qu'elle porte ipso facto ensuite, de ne se pas porter

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à des extrémilés el abîmes dont il ne pourrait se retirer, savoir de désobéissance mortelle, d'excommunication et d'irrégularité en violant l'excommunication.

« Le Père supérieur et moi ne pouvons rien ôter ni ajouter à la bulle, mais seulement déclarer ce qu'elle contient. Enfin, si j'étais maintenant avec vous, je me jetterais aux pieds de ce bon Père, et si je pouvais avec toute la communauté, pour le conjurer de se soumettre à l'Eglise et à son souverain chef, et souscrire avec les autres à ce petit mot qui n'oblige à rien. Cela est nécessaire pour sa conscience et pour son salut partout où il sera, parce que je ne refuse pas de lui donner un ordre pour ailleurs. Celui qui a dicté cette lettre ne parle pas en fort bon théologien.

« Votre très humble et très obligé en Noire-Seigneur, « François Bourgoing. »

Celte douceur appateiile ne laissait pas d'être accompagnée d'une très grande dureté et de le faire agir avec le Père Chaix comme s'il devait être la première victime de la politique de son général et des intérêts de sa congrégation.

Ce qui pouvait encore affermir le Père Bourgoing dans cette résolution, était la correspondance avec Rome d'où on écrivait l'établissement d'une nouvelle congrégation. Car..,., prêtre de l'Oratoire, en écrivait ainsi delà ùM.Taignier du 2 juillet :

« On nous dit que celte nouvelle congrégation établie contre les jansénistes s'est déjà tenue quelquefois. Elle n'a pas été ordonnée tant pour aucune chose qui soit déjà arrivée que pour l'avenir, pour prévenir tous les efforts que pourrait faire cette hérésie naissante, et pour maintenir par toutes sortes de voies ce qui a été décrété contre elle, ni plus ni moins, que pour tenir la main à l'observation de ce qui fut fait dans le concile de Trente, il a été constitué une congrégation qu'on nomme ; congregatio concilii Tridenlini. De même, il a été jugé à propos, pour maintenir la foi contre les jansénistes, de mettre une congrégation de huit cardinaux et de huit consulleurs dont le soin el le zèle pourvoiront à la conservation de la pureté de la foi dans les occurrences et attaques qui viendront de ce côté là. 0 mon Dieu î trepidnoerunt timoré uhi non eral timor; ceux que l'on appelle

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jansénistes sont très fidèles et assujettis au Saint Siège, et le Saint Siège s'en défie. 11 n'y a point de peine pareille à un fils bien né que de connaître que son père se défie de lui. Le roi de France ne laisse pas d'être nommé et d'être en effet très chrétien et par conséquent très fidèle au Saint Siège, encore qu'il ne reconnaisse et ne reçoive pas tout ce que le pape veut qu'il reçoive et reconnaisse avec tant de menaces d'anathèmes et d'excommunications parce qu'il prétend que ses droits y sont intéressés, et que le pape lui commande ce qu'il ne peut lui commander. Les disciples de Saint-Augustin me semblent avoir quelque difficulté pareille avec le pape, qu'ils honorent et aiment néanmoins comme leur père. Monsignor Vizani, qui est assesseur du Saint Office et qui a succédé en cette charge au cardinal Albizzi, est secrétaire de cette nouvelle congrégation, à ce qu'il a dit lui-même à un de mes amis et ami des disciples de Saint-Augustin, lequel a connaissance de longue main avec... Vizani, et lui communiquait les écrits de ces Messieurs. Mais depuis ces nouvelles charges, il entre à l'aveugle dans les intérêts de ceux de qui il est créature, c'est-à-dire du pape ; et ne prêche rien tant si ce n'est qu'il faut obéir. J'ai ouï dire que le sentiment du cardinal Bagni sur ces affaires des disciples de Saint Augustin et universellement sur les bulles que Rome envoie en France, était que le pape ne doit point y faire rien présenter que ce dont il sera bien certain qu'on recevra, et qu'il tend fort à la modération dans toutes ces affaires -ci. »

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