LIVRE XVll
vous estimez à faire dans l'état où je vous dis que sont présentement les choses. Vous avez su sans doute que M. de Rouen avait il y a déjà quelque temps entrepris la même chose; mais vous n'avez pas su que s'il ne l'a pas poussée plus avant, c'a été principalement parce que le Père Fronteau l'en a détourné; je veux dire que le Père Fronteau lui témoigna en ce temps là qu'il n'y avait point de jour à cet accommodement ; et le Père Fronteau parla de cette sorte parce que M. de Rouen ne lui parlait pas encore du pouvoir quil avait de la part de la reine; si bien que le Père Fronteau prenait ce qu'il disait de cette paix pour un souhait plutôt que pour un projet d'un dessein arrêté. Mais à présent que ce prélat l'a assuré qu'il y voulait travailler tout de bon, et qu'il a dit qu'il en parlait tanquam potestatem habens, nous pensons qu'il ne faut rien négliger pour faire réussir cette affaire à la gloire de Dieu et à votre contentement. Quoique le Père Fronteau ait en effet beaucoup d'accès auprès de M, de Rouen, je puis vous assurer néanmoins, que je parlai hier à une autre personne à qui je savais que ce prélat défère extrêmement, laquelle m'a promis qu'elle s'emploierait au plus t6t de tout son pouvoir pour vous rendre service auprès de ce prélat. Je ne puis pourtant encore vous nommer cet ami qui vous honore et vous veut servir sans vouloir me permettre de dire son nom quant à présent, et qui m'a conseillé de ne pas mettre la main à celle-ci, puisque d'ailleurs vous n'ignorez pas que je suis, etc. Ce 23 juillet. »
On voit par là que l'on parlait toujours de paix au milieu de la plus furieuse guerre, et que la cour même n'en paraissait pas fort éloignée dans le temps des menaces de mettre tout à feu et à sang. Mais ces grands desseins que d'illustres prélats et de célèbres religieux avaient conçus pour réunir tous les esprits et rendre le calme à l'Église se terminaient toujours en ce temps là à un triste avortement, et ne servaient qu'à irriter davantage les puissances contre les disciples de saint Augustin ; parce que les grands du monde, qui ne veulent pas trouver de résistance à leurs désirs, ne comprennent guère jusqu'où doit aller l'amour de la vérité dans le cœur de ceux qui sont engagés à la défendre. Néanmoins M. Arnauld, que l'on avait toujours représenté comme un esprit inflexible et éloigné de toute
sorte d'accommodement, ne rejetait jamais ces sortes de propositions pour peu qu'elles lui parussent plausibles. Il manda à l'instant même MM. Le Maître et de Sacy, ses neveux, pour en conférer avec eux, et nous verrons ses démarches dans les suites de cette négociation.