LIVRE XVll
que lui adressa dans sa retraite le Père Salesse, chanoine régulier de l'ordre de saint Augustin *, qu'il ne sera pas inutile de rapporter ici tout entière :
« Monsieur, « Comme je ne doute point que vous ne soyez d'un esprit porté à la paix, et que vous ne soyez toujours prêt d'y entendre et d'y contribuer ce qui se pourra dans les termes de la charité et de la vérité, j'ai cru vous devoir donner avis d'une chose que j'ai apprise depuis peu. II n'y a pas huit jours que le Père Fronteau vit M. de Rouen, qui lui dit qu'il avait travaillé si heureusement pour la paix auprès de la reine, qu'enfin Sa Majesté lui avait témoigné qu'elle trouvait bon et même qu'elle souhaitait qu'il s'employât à chercher les moyens de faciliter les différends qui sont aujourd'hui parmi les théologiens; et qu'elle appuierait de son autorité ce qu'il lui ferait connaître nécessaire à ce sujet; mais qu'il fallait qu'il en parlât à M. le cardinal et le portât à ce dessein, ce qu'il fit incontinent. Et ayant représenté à Son Éminence la volonté de la reine et les grands maux que causent les troubles qui empêchent que les mieux intentionnés et les plus zélés ne fassent le fruit que leurs soins et leurs travaux devraient rapporter, et rapporteraient en effet si on avait retiré au peuple la fausse préoccupation qu'ils prennent de ces divisions : qu'un homme est janséniste, c'est-à-dire, chez ces ignorants, très pernicieux hérétique, aussitôt qu'il veut prêcher quelque point de la discipline ecclésiastique et de la pureté de la morale chrétienne. Ayant, dis-je, représenté ces choses et plusieurs autres à M, le cardinal, Son Éminence l'assura qu'il approuvait ce dessein ; seulement qu'il fallait le conduire en telle sorte que Ton ne fit rien qui pût déplaire à Sa Sainteté. Voilà ce que j'appris jeudidernier, et vendredi, j'en fus porter la nouvelle à M. de Kebours* pour vous la faire savoir. Mais comme M. de Kouen d'abord avait fort recommandé le secret de sa
1. Le P. Salesse, génovéfain, est mentionné deu\ fois comme ayant reçu des lettres d'Arnauld relativement aux affaires du temps.
2. Antoine de Rebours {1591-1661) se retira à P. R. on 1640. Ordonné eu 1642, il fut chargé par M. de Saint-Cyran de la direction des religieuses qu'il confessa jusqu'à ce que la persécution l'en eût fait sortir eu 1661.
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personne^ je ne pus le nommer pour ce coup. A présent que j'ai la liberté de vous le nommer, je prends aussi la liberté de vous le mander, en vous ajoutant que le Père Fronteau dit à ce prélat, lorsqu'il lui fit cette proposition, qu'il ne croyait pas qu'il y eût d'autre voie d'accommodement, sinon de procurer la réunion de tous les docteurs de Sorbonne, en portant ceux qui se sont portés contre vous à reconnaître que la censure qui a été donnée contre la proposition ne tombe point sur votre proposition entendue comme vous l'avez expliqué vous-même dans les ouvrages que vous avez composés depuis; et, qu'en conséquence, on vous déclarât remis en votre ancien rang, aussi bien que tous les autres docteurs qui ont refusé de signer; en rétablissant même M. de. Sainte-Beuve dans sa chaire, ou du moins lui donnant bonne espérance de succéder à la première vacance. Et que pour la proposition défait, on déclarât seulement en général la soumission que l'on doit et que l'on veut rendre aux décisions du Saint Siège en ces matières. Le Père Fronteau ajouta de plus qu'il ne fallait pas penser à demander pour cette paix, ni rétractation aucune de votre part, ni aucun relâchement autre de ce que vous avez vous-même exprimé dans vos ouvrages,
M, de Rouen agréa tout à fait ce que le Père Fronteau lui dit, et le pria de s'y employer avec soin, d'y travailler et de lui dresser au plus tôt quelque chose pour cela. Et c'est ce qui a excité le Père Fronteau à extraire de votre dissertation ce qui peut rendre votre proposition plus recevable à ces Messieurs. Je vous envoie donc deux de ces extraits que M. de Rouen lui a demandés: le premier ne contient que vos textes; le deuxième étant composé de propositions tirées des paroles de vos textes, le Père Fronteau vous prie de nous faire savoir si vous les trouvez bien ; et moi de surplus je vous conjure de vouloir y repasser la main, si mieux n'aimez faire quelque petit dessein qui pût contribuer davantage à ce que l'on prétend; toutefois, il se peut bien faire que vous en jugerez autrement, et que vous n'estimerez pas que ce soit une chose qui presse encore, mais que vous devez attendre que l'affaire soit plus avancée, et en un point qu'elle exige cela de vous. Quoi qu'il en soit, faites-nous au moins savoir ce que vous jugez de ces extraits que je vous envoie et que M, de Rouen veut avoir; marquez-moi ce que