‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècleChapitre 322 sur 412 · LIVRE XVII · texte numérisé non relu

LIVRE XVII

des requêtes, amena M. Richer* et M"* sa femme à Vaumurier, chez M. le duc de Luynes, et à Port-Royal des Champs où ils avaient une fille pensionnaire. M. de Saint- Gilles s'y étant trouvé en ce temps là, et qui savait que M. Richer avait toujours été fort opposé à Port-Royal, fut surpris de le voir en une maison contre laquelle il avait eu jusqu'alors une aversion si manifeste, et cette surprise lui inspira la curiosité d'en apprendre le sujet, ce qui lui fit connaître de grands effets de la grâce victorieuse et toute puissante de J.-C; et voici ce qu'il en apprit.

M. Richer était avocat au Parlement, âgé alors de quaraute-cinq ans, d'assez bon esprit, et qui réussissait dans le barreau, d'une intelligence plus que commune de la langue latine, et qui avait le maniement des affaires de iVI. le duc de Luynes avant sa retraite du monde. Mais ce seigneur ayant pris auprès de lui IVf. Vitart, fort affectionné à Port-Royal, M. Richer, quoique bien récompensé de ses services précédents, et assuré que l'on paierait la pension de sa fille dans cette abbaye, conçut un si grand dépit de ce que M. de Luynes l'avait quitté qu'il s'appliqua entièrement à la recherche des moyens de se venger contre lui et contre tout ce monastère, qu'il voulait bien rendre coupable de ce changement.

Pour cet effet, il composa un écrit français tout de feu rjui déchirait ce seigneur et le mettait en pièces sur le sujet de la résolution qu'il avait prise de quitter le monde pour venir habiter le désert, traitant tout cela de folie, tâchant de le rendre ridicule par mille faussetés, et répandant en môme temps son venin sur Port-Royal d'une manière outrageuse. Il conféra souvent de cet ouvrage avec le Père ,\nnat, confesseur du roi, avec M. d'Amiens, le Père Faure* cordelier, avec le Père Le Roi cordelier, confesseur de la reine, avec le Père Soyer» autre cordelier, tous ennemis

1. Nicolas Ricber, avocat au Parlemeut, se retira après sacouversiou à Vaumurier chez le duc de Luynes, avec sa femme Marguerite Le Gaigaeur. Il y mourut en 1639 assisté par M. de Sacy,

2. François Faute, cordelier (1612-1681), occupa les premières places de son ordre et devint par la faveur de la reine sous- précepteur de Louis XIV, évêque de Glaudève et enfin évêque d'Amiens.

3. François Soyer, cordelier, docteur en théologie, conseiller et prédicateur de Louis XIV, fut d'abord l'adversaire déclaré de P. R.;

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de Port-Royal, qui en furent ravis de joie, le louèrent, l'admirèrent, lui promirent grande fortune à la cour; et en particulier de le faire secrétaire de M. le cardinal Mazarin, comme on l'a su depuis de lui-même; et surtout que M. d'Amiens entendant lire un endroit, qui lui plut fort, s'écria : « Par... voilà qui est beau! » Ce qui choqua dès lors M. Richer de voir un évêque et un religieux de Saint- François jurer le nom de Dieu.

Cependant M"^ Richer, sa femme, trouvait une pesante croix dans tout ceci; les visites actives et passives de ces personnes lui déplaisaient d'autant plus qu'elle était depuis longtemps sous la conduite de Port-Royal avec une extrême satisfaction ; et il ne se pouvait pas faire qu'ayant beaucoup d'esprit, de sagesse et de vertu, elle n'eût une extrême aversion de cette cabale. Elle tâchait par tous moyens de guérir son mari, de le gagner et de le détourner de cette vaine occupation; mais ses efforts paraissaient toujours inutiles. M. Richer ayant achevé son ouvrage, qui était fort gros, et en ayantfait un volume in-quarto, se voyant pressé par le Père Annat aussi bien que par sa propre passion de le publier, il fit une sérieuse réflexion que, selon les maximes de sa profession, qui se pique de probitéetd honneur, cela le perdrait de réputation parmi ses confrères, et, selon ce qui se pratique dans le monde, l'exposerait aux plus fâcheux traitements, surtout de la part de M"" de Chevreuse, mère de M. le duc de Luynes, puissante à la cour et dans le Parlement, et amie intime de M. le premier Président, qui était alors M. de Bellièvre. Ces considérations firent résoudre M. Richer de ne pas publier sitôt son ouvrage, qu'il enferma sous la clef, dans son cabinet. Mais ce qui l'arrêta le plus fut la force avec laquelle M"* sa femme déclara devant les cordeliers (car les Jésuites n'avaient jamais voulu qu'elle eût part à leurs entretiens avec son mari, parce qu'ils la craignaient), qu'elle était si convaincue par sa connaissance que tout ce que M. Richer disait contre Port-Royal n'était que des faussetés, que s'il publiait son écrit français^ elle se croyait obligée par la vérité qu'elle connaissait et par la charité qu'elle devait à Port-Royal de faire écrire en son nom contre les mensonges de son mari et pour l'innocence

mais après la conversioa de Richer il rétracta tout ce qu'il avait dit contre cette maison. Il mourut en 1660 ou 1661.

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