‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècleChapitre 324 sur 412 · LIVRE xvir · texte numérisé non relu

LIVRE xvir

Il fit aussitôt venir un bon prêtre de Saint-Gosme, son confesseur, qui lui dit qu'il avait bien fait de brûler tousses papiers, et lui donna confiance en la miséricorde de Dieu. Trois ou quatre jours après, il fît prier M. Singlin, directeur et supérieur de Port- Royal, dont par respect il n'avait dit aucun mal dans tous ses écrits, de le venir voir; et lui ayant tout avoué, il lui demanda humblement pardon de tous ses excès, et se sentit après fort soulagé de la manière chrétienne et charitable dont ce saint prêtre lui parla.

Il fut grièvement et périlleusement malade durant quarante jours, pendant lesquels ce sage ecclésiastique le visita plusieurs fois, aussi bien que les principaux amis de Port Royal, et entre autres M, de Bernières. Comme de sa part il en reçut une consolation indicible, aussi M"« Richer, sa très chère et vertueuse femme, fut ravie de voir un si grand changement en son mari.

Dans le voyage qu'elle fît à Port-Royal des Champs depuis sa guérisou, elle dit que pendant les quarante jours de cette maladie elle ne s'était point déshabillée et n'avait presque point dormi ; mais que jamais elle n'avait ressenti tant de joie. La santé de M. Richer s'étant affermie de jour en jour, ils furent en état de faire le voyage de Vaumurier, le 28 juillet, où M. Richer demeura encore quelque temps après que M"® sa femme fut retournée à Paris dans son ménage. D'abord qu'il vit sa fille, qui était toute comblée de consolation d'un si heureux changement, il lui dit: « Eh bien ! vous êtes bien aise de me voir ici ; vous avez bien fait des neuvaines pour moi. » Elle lui répondit: « J'ai fait des annuelles plutôt que des neuvaines », voulant dire que ses prières pour sa conversion avaient été continuelles.

Ceux qui savaient juger des choses par les lumières de la foi regardèrent ce changement de son cœur comme l'un des plus grands miracles que Dieu eût fait par la Sainte-Épine, et crurent que sa toute puissance et sa bonté y étaient marquées plus visiblement que dans toutes les guérisons corporelles qui avaient éclaté jusqu'alors par l'opération de cette relique miraculeuse. La prompte satisfaction de M. Richer fut un grand exemple, et Dieu ne le punit par cette maladie si subite que pour lui faire ressentir les effets de sa grande miséricorde.

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