‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècleChapitre 326 sur 412 · LIVRE xvir · texte numérisé non relu

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de se faire religieuse, mais que son attachement au monde les avait effacées de son cœur. Pour ce qui est de Port- Royal, elle ne le connaissait en façon quelconque, n'y ayant parlé à personne ni au dedans ni au dehors, et en avait plutôt de l'aversion que de l'estime, à cause de tant de faux bruits qu'elle en avait ouï semer partout, et de la grande austérité qui s'y pratiquait. Elle n'y était venue avant cela qu'une fois avec M""® de Boissy, sa mère, au mois de juin, pour adorer la Sainte-Épine, d'où elle était retournée chez elle au même état qu'elle était venue, ce qui est très remarquable. Mais le 4 d'août, jour de saint Dominique, Mn'^sa mère y venant un vendredi adorer encore la même Sainte-Épine, elle éleva son cœur à Dieu vers le milieu du chemin et elle dit en elle-même ces mêmes choses qu'on a sues depuis de sa bouche : « Mon Dieu, si vous vouliez me toucher le cœur pour me faire religieuse et ne servir plus que vous, j'en serais ravie. Mais donnez-moi, mon Dieu, une grâce si forte que je n'y puisse résister, et qu'elle m'emporte en religion, car il m'en faut une comme celle-là ; autrement le monde me retiendra toujours. »

Elle arriva à Port-Royal, et en baisant la Sainte-Épine avec M™» sa mère, elle se sentit tellement touchée du désir d'être religieuse dans cette maison, qu'elle a dit depuis à M. Singlin et aux Mères que si elle eût eu quelque connaissance à Port-Royal et qu'elle eût su qu'on lui eût ouvert la porte sur le champ, elle y fût entrée sur l'heure par la même disposition qu'elle y entra depuis.

Ce désir fut toujours après très violent dans son cœur, et en ayant parlé plusieurs fois à M. Singlin pour l'exécuter, il lui conseilla de se bien éprouver avant que de rien entreprendre, et d'obtenir le consentement de M^^ sa mère et et de M. son frère. Dans ce temps-là, M. son frère lui parlant du parti qui se présentait, cela l'obligea de lui découvrir son dessein, en tirant sa parole de n'en rien dire encore à M™« sa mère, laquelle pourtant, voyant en elle quelque changement, soupçonnait déjà qu'elle pensait à quelque religion. Ce frère, qui aimait uniquement cette sœur, s'avisa de la mener en Poitou avec sa mère pour retarder toujours l'exécution de son dessein. Mais elle, étant toujours plus fortement attirée à Dieu, prit enfin la résolution de déclarer son dessein à M""» sa mère, qui s'opposant fortement.

elle résolut au bout de huit jours de s'en aller à Port Royal. Comme M"'^ de Boissy se doutait de cela, elle l'avait toujours avec elle et avait donné charge surtout à son écuyer et à un petit laquais adroit et fidèle de ne la point perdre de vue.

Un jour de fête, M^^ de Boissy, M. le duc de Roannez, son fils, et elle, ayant entendu le sermon et vêpres dans l'église de Saint-Merry qui était devant leur porte, M"" de Roannez, qui avait fait complot avec M"" Vallée, personne de piété, de l'attendre à une des portes de l'église avec un carrosse, laissant M"»® sa mère et M. son frère en leur place où ils priaient Dieu, elle s'en alla à la chapelle du Saint Sacrement faire aussi ses prières; sa mère qui s'aperçut de son absence dit à l'écuyer de la suivre, et il vint faire son rapport du lieu où elle était, M"*^ de Boissy, à qui le soupçon donnait de l'impatience, envoya deux ou trois fois l'écuyer et le petit laquais, et une fois M. le duc, son fils, tantpojr voir si elle y était toujours, que pour la faire revenir. Mais à la fin, M"e de Roannez voyant qu'il n'y avait personne présent qui l'observât, se leva de sa place, se jeta dans le carrosse avec M"'' Vallée, et s'alla renfermer dans Port- Royal.

Gela excita un très grand bruit dans tout le quartier du cloître Saint Merry, et chacun s'assembla sur cette nouvelle au logis de M™«de Boissy. Depuis ce temps là elle vint plusieurs fois à Port-Royal voir sa fille, s'y faisant accompagner de M. le du'c de Roannez, son fils. Mais ils la trouvèrent toujours dans une forte résolution de ne sortir jamais de ce saint lieu, quoiqu'elle eût promis à M. son frère de n'y point prendre l'habit de religion qu'au bout d'un an. Elle ne s'arrêtait nullement aux jugements tout à fait injustes que l'on faisait de sa retraite. Car les uns publiaient qu'on l'avait gagnée par paroles à Port-Royal, d'autres que le parti qu'on lui avait proposé pour le mariage ne lui était pas agréable, et les gens du monde, qui parlent toujours de ces sortes de résolutions subites avec leur malignité ordinaire, lui donnaient tous les mauvais sens qu'ils pouvaient. Entre tous les autres les ennemis de Port-Royal, et particulièrement les Jésuites, voyant que l'entrée de cette illustre demoiselle dans ce monastère faisait grand éclat et acquérait de la réputation à des personnes [qu'ils voulaient perdre

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et]' dont ils avaient juréla ruine, se résolurent de tenter toutes les voies de fait pour l'en tirer. Pour celale Père Des Déserts*, jésuite, alla à l'abbaye de Malnoue trouver M^e la marquise de Boissy, qui depuis longtemps avait dessein de s'y retirer pour toute sa vie. Il débuta par lui demander si elle ne serait pas bien aise de ravoir sa fille. Cette dame lui ayant répondu que oui, il lui répondit : « Hé bien I sans vous mettre en peine de rien et sans que vous sortiez d'ici, nous vous la remettrons entre les mains, pourvu que vous donniez seulement votre consentement à ce que nous ferons. » Aussitôt qu'elle s'y fut accordée, ce jésuite avec ses confrères et M. Amyot mandent que M"« de Roannez a été pipée par les jansénistes ; qu'elle est entrée dans Port-Royal non seulement contre son gré, mais sans en avoir jamais rien dit à sa mère, qui en est au désespoir et au mourir, et que faisant tout ce qu'elle peut pour la ravoir, on ne la lui veut point rendre. Sur cela le Père Annat obtint une lettre de cachet dont la souscription porte : A notre très chère et bien amée abbesse ou supérieure de l'abbaye ou du monastère de Port-Royal de Paris, qui est conçue en ces termes :

« De par le Roi, « Chère et bien amée, nous ayant été représenté que la demoiselle de Roannez s'est retirée en l'abbaye et monastère de Port-Royal de Paris pour y prendre rhal>it de religion contre le gré et consentement de M™« la marquise de Boissy, sa mère; nous avons bien voulu vous faire cette lettre, par laquelle nous vous ordonnons expressément de remettre la dite demoiselle de Roannez entre les mains de ladite dame marquise de Boissy, sa mère ; et nous assurant que vous satisferez à ce qui est en cela de votre devoir, nous ne vous ferons pas la présente plus longue et plus expresse. « Donné à Esternay le 19 juillet 1657,

« Louis.

« Le Tellier. »

Et tout au bas :

« A labbesse de Port- Royal de Paris. »

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