‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècleChapitre 330 sur 412 · LIVRE XVII · texte numérisé non relu

LIVRE XVII

30 Juillet.

« Madame, « Je vous avoue que connaissant au point que je fais votre bon naturel et votre piété, je ne saurais me persuader que ce soit par votre mouvement que vous me voulez faire sortir par une voie si inouïe d'un lieu où Dieu m'a appelée. Ce ne peut être que des personnes qui agissent plutôt par intérêt et par passion que par des sentiments chrétiens qui vous ont portée à cela. Enfin, Madame, si vous voulez me faire sortir du lieu où je suis, je suis assurée que vous ne le pouvez qu'en me faisant la dernière violence, et quand vous me l'aurez faite, vous en recevriez si peu de satisfaction que vous auriez douleur toute votre vie d'avoir fait une action de cette nature. Permettez-moi, Madame, que je vous dise qu'il est dangereux de s'opposer ainsi aux volontés de Dieu ; car vous ne pouvez douter, ce me semble, après ce que je vous ai dit, que ma vocation en cette maison ne soit véritablement de Dieu. C'est pourquoi. Madame, j'espère que vous me laisserez en repos, et que vous ne voudrez pas rendre la plus malheureuse personne du monde. « Madame, votre, etc.. »

Monsieur le duc de Roannez, qui avait aussi reçu l'ordre d'aller à son gouvernement, alla trouver M^^ sa mère à Malnoue, et ayant appris là une partie de l'intrigue des Jésuites^ lui fit changer de résolution, de sorte qu'elle n'exigea plus la sortie de sa fille. Il vit ensuite les parents, et écrivit en ces termes à M. le cardinal Mazarin :

« Monseigneur, « Je suis chargé de ma mère, qui est malade, de vous remercier très humblement de sa part, comme je fais, de la bonté que vous avez eue de faire donner une lettre de cachet pour faire revenir ma sœur auprès d'elle. Elle a fait ce qu'elle a pu pour l'y obliger. Mais quoique l'abbesse de Port-Royal se soit disposée à obéir, ma sœur a déclaré qu'elle ne pouvait se résoudre à sortir, et en a témoigné tant de douleur qu'on a bien vu que l'on ne pouvait l'en retirer sans la violenter. C'est à quoi ma mère ne veut pas se porter ; elle espère que la douceur et le temps y pourront quelque chose; c'est par où j'ai toujours essayé de la gagner.

Je l'ai empêchée d'entrer un an durant, et même j'ai obtenu d'elle qu'elle donnerait cette satisfaction à ma mère, d'être un an sans prendre l'habit. J'ai cru, Monseigneur, être obligé en cette occasion de rendre compte de tout ce détail à Votre Éminence. Je la supplie très humblement de croire qu'elle ne pensera jamais aux intérêts d'une famille qui lui soit plus dévouée que la mienne, et que je suis avec toutes sortes de respect,

« Monseigneur,

« De votre Éminence, le, etc.... »

Les amis de Port-Royal regardèrent cette intrigue comme un commencement de persécution, et [comprirent^ que ceux qui ne leur voulaient pas de bien à la cour feraient passer cette conduite comme une espèce de résistance. Mais les religieuses de ce monastère avaient trop de confiance en Dieu pour n'en pas remettre les événements entre les mains de sa providence, et leur plus grande crainte était de faire quelque démarche contre ses ordres et de lui déplaire on quelque chose.

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