LIVRE XVII
losophio que l'abbé de Richelieu * soutenait au collège du Plessis. Car ayant entrepris de prouver que la liberté consistait dans l'indlfFérence, il fut contraint de reconnaître par la force des réponses de cet abbé que les Pères et saint Thomas étaient contre lui, quoique ce répondant ajoutât qu'il fallait parler en la manière que les papes et les théologiens le veulent.
Cette dispute fit un fort grand éclat dans le monde à la confusion de M, Le Moine, et M. l'archevêque de Sens en ayant appris la nouvelle, en écrivit ainsi à M. Taignier :
« Je ne comprends pas comment l'abbé de Richelieu a pu répondre en janséniste après tous les soins que Mi^e d'Aiguillon* a pris pour l'éloigner de cette maudite secte. Si l'on continue à le devenir malgré toutes les oppositions, il est à craindre que ces gens là ne soient bientôt les plus forts en nombre, comme on ne peut douter qu'ils ne soient en raison, puisqu'un jeune écolier de philosophie a confondu si facilement un vieux professeur de Sorbonne; en vérité, cela est plaisant et surprenant pour tous ceux qui ne connaissent pas si bien que moi les talents de M. Le Moine. »
Ce n'était pas néanmoins cet abbé que Dieu avait choisi pour défendre la vérité, et le dérèglement de ses mœurs et de sa conduite est l'un des plus funestes exemples de notre siècle pour confondre l'ambition des grands qui veulent enrichir leurs proches pour régner encore après leur mort en leurs personnes.
Dans ce temps-là même, les Jésuites, qui ne se contentaient pas d'avoir obtenu l'impunité pour le Père Bagot, leur cher confrère, remuaient toutes sortes de machines pour arracher du procès-verbal de l'Assemblée la le.ttre de M. de Montauban sur cette matière, quoiqu'elle eût été souscrite par tous les députés, et que l'Assemblée étant dissipée, il n'y eiH plus d'apparence de penser à ce changement. Nous ne saurions mieux en apprendre le détail que par cette lettre, écrite le 27 juillet à M. d'Andilly par le sieur Vitré, imprimeur du clergé :
« Il y a longtemps que vous avez entendu parler de ce
1. Ce petit neveu du cardinal de Richelieu avait la plus mauvaise réputation.
2. Ou a TU pourtant au tome 1" de ces Mémoires l'intérêt que Mme d'Aiguillon prenait à la liberté de Saint-Cyran.
520 MÉMOIRES DE OODEFROI OERMANT
qui s'est passé touchant une lettre que M. de Montauban a écrite sur le sujet du Père Bagot, du livre anonyme, et de M. Rousse, curé de Saint- Rocli.
«M. de Toulouse et M. d'Arles, M. do Bordeaux et les autres prélats de leur sentiment ont secondé toutes les allées et venues de ceux qui ne veulent pas désobliger les Jésuites et qui tâchent d'empêcher que cette lettre ne soit mise dans le procès-verbal. Ceux qui le veulent au contraire tâchent qu'elle y demeure. M. de Saint-Papoul, ci devant M. de Carbon, m'a rayé la délibération qui portait qu'elle avait été lue et approuvée de l'Assemblée, et qu'elle serait insérée dans le procès-verbal. M. de Carbon me pressait d'achever le procès-verbal et le bailler après avoir ôté la lettre de M. de Montauban. Je me suis défendu et j'ai dit que M. l'abbé de Villars était aussi bien secrétaire que M. de Carbon, et qu'il avait mis à la marge ces mots : Encore que cet article soit rayé, il faut pourtant le mettre, et la lettre faite par M. de Montauban ensuite. Si bien que tout aussitôt que j'eus fait mettre cela par M. l'abbé de Villars, je travaillai la nuit et l'imprimai dans deux nuits, parce que j'avais peur que les prélats qui ne sont pas du sentiment de cette lettre se voient, ne vinssent, et ne missent la main dessus. Cela ayant traîné jusqu'à présent, et chacun voulant avoir son procès- verbal, on me presse. M. Carbon ayant peur aussi bien que M. d'Aire, à présent M. de Castres, que je donnasse des procès -verbaux, la lettre y étant, me vinrent défendre absolument d'en donner à qui que ce soit. J'ai toujours différé jusqu'à présent. Avant-hier, M. de Carbon, sachant que M. de Villars s'en allait à la cour, me donna assignation cliez M. l'abbé de Villars au lendemain pour résoudre ce que j'avais à faire. M. de Villars ne voulut jamais lever ses défenses de donner des procès-verbaux que la lettre n'y fût. M. de Carbon dit qu'il ne souffrirait jamais une fausseté telle que celle que la lettre avait été lue et approuvée de l'Assemblée, et que c'était le faire mentir. Après avoir bien fait des propositions et retourné l'affaire de tous côtés, on trouva cet expédient d'ôter cette délibération qui portait quelalettre avait été lue et approuvée, et que je mettrais seulement ces mots : Voici la lettre que M. de Montauban a dressée par ordre de V Assemblée du clergé, et puis, mettre la lettre. Cela fut résolu que la chose serait ainsi. Je voulus