‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècleChapitre 348 sur 412 · LIVRE XVII · texte numérisé non relu

LIVRE XVII

On croit que pour empêcher ces désordres et mettre fin à ces disputes on se pourrait contenter d'une pièce que feraient publier ceux que l'on soupçonne vouloir désobéir au pape, par laquelle ils feraient voir qu'ils y sont soumis et qu'ils reçoivent les constitutions d'Innocent X et d'Alexandre VII avec toute la soumission qui leur est due, et pourraient s'expliquer en ces termes :

M Sincej^e declaramus et ingénue profitemur nos summa cum reverentia et cum perfecta animorum submissione recipere et amplecti constitutiones S. S. Patrum, summorumque Pontificum Innocenta X et Alexandri Vil, agnoscentes juxta ipsorum definitionem quinque propositiones in prœ/atis constitutionibus damnatas vere et indubilate esse hiereticas. Quod vero spectat ad librum Cornelii Jansenii oui titulus est Augustinus, e jusque doctrinam, poUicemur et fidem damus nos pro débita erga decretum quodsuper hocemisit summus Pontifex observantia, nihil prorsus vel voce, velscripto prolaturos quod sanctitatis suse declarationi contrarium sit aut dissonum. '>

Après la publication de cette pièce, il faudrait que Notre Saint Père le pape, ou bien M?"" l'archevêque par ses grands vicaires fissent défense déparier davantage de ces matières, et ainsi la paix serait faite. »

Si les Italiens étaient aussi savants théologiens qu'ils se piquent d'être habiles politiques, ce projet aurait pu satisfaire M. le nonce et donner la paix à l'Église; mais il ne le trouva pas conforme aux idées dont il avait la tête remplie en partant de Rome et qu'on lui avait peut être grossies depuis qu'il était à Paris. 11 rejeta donc cet écrit comme contraire aux avantages qu'il se proposait dans cette occasion où il voulait effacer la gloire que s'étaient acquise dans les temps les plus fâcheux les nonces et les légats. Après tant de conférences, il s'expliqua nettement des intentions de Rome et de la cour, qui l'avait assuré que tout passerait au Parlement, qu'on n'excepterait aucun des soupçonnés de recevoir comme article de foi tout ce que le pape avait jugé après avoir gardé toutes les formes juridiques; qu'il n'y aurait ni évêques ni abbés qui reçoivent des bulles qui ne signassent; que tout ce qui compose l'Église, le pape, les cardinaux, les évêques, la Sorbonne, les réguliers recevraient tous, nemine contradicente, cette dernière constilu- III 35

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tion, et qu'on ne souffrirait jamais que quelques particuliers entreprissent d'y apporter "quelque exception. Il dit encore que jamais Rome n'eut plus d'avantage pour établir sa pleine autorité en France ; que tout donnait les mains et que le pape ne devait pas perdre cet avantage. Le théatin, entendant ce discours, reprit son papier qu'il rendit à M. Delahaye. Mais si M. le nonce se promettait toutes choses au retour de la cour, les disciples de saint Augustin se promettaient tout de Dieu et de sa protection, n'étant pas en leur pouvoir de rien faire que ce que Dieu voudrait, et étant persuadés qu'il n'y avait qu'à se bien purifier en sa présence et se disposer à tous événements.

Dès la rupture de cette négociation, M. le chancelier, qui ne voulait ni paix, ni trêve, fit de très grandes instances envers M. de Contes, doyen de l'église de Paris, pour l'obliger [d'agir] en qualité de grand vicaire de M, le cardinal de Retz touchant la signature du formulaire, et de poursuivre lui-même la déclaration, parce que ce serait là le véritable moyen de lever tous les obstacles qu'on pourrait mettre à sa vérification. Mais ce grand-vicaire lui répondit que ce serait blesser étrangement les immunités ecclésiastiques, ce qu'il n'était nullement résolu de faire. M. le chancelier lui demanda aussi si M. le cardinal de Retz ne lui avait pas recommandé les jansénistes, et s'il n'était pas leur protecteur. Sur le premier article M. de Contes lui répondit que non, et sur le second qu'il n'en croyait rien, et que M. l'archevêque de Paris était trop bien instruit des devoirs de sa charge pour quitter sa qualité de juge et prendre celle de partie.

En ce temps-là même, M. l'archevêque de Toulouse, nouvellement relevé de maladie, et M. l'evêque d'Aire firent tous leurs efforts pour faire monter le Père Sauret en chaire dans l'église de Saint-Germain, afin de lui faire rétracter publiquement ce qu'il avait avancé dans le sermon dont on avait fait tant de bruit. Mais ce Père répondit qu'il y avait des défenses dans l'archevêché de Paris de parler de la doctrine de la grâce publiquement et d'en prêcher sans permission du supérieur, et qu'il ne voulait pas multiplier ses fautes passées en agissant contre cet ordre. Ces deux prélats, ayant pris sa réponse pour une défaite, firent de grandes instances auprès de M. de Contes pour lui accorder cette permission,

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