‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècleChapitre 365 sur 412 · LIVRE XVIII · texte numérisé non relu

LIVRE XVIII

leurs desseins pour représenter à leurs Majestés combien celte maison était exposée à l'envie et à toutes sortes de médisances, et comment on se prévalait des contestations de l'Eglise pour l'accuser d'être d'un sentiment contraire à celui des deux derniers papes, qu'ils venaient d'exprimer par leurs constitutions. Ensuite il supplia très humblement Sa Majesté de croire que toute cette maison était dans la soumission et dépendance autant qu'aucune autre communauté du monde, et qu'elle était prête de donner telle déclaration qu'il plairait à Messieurs les grands-vicaires de leur envoyer pour la souscrire. Cette bassesse était le prélude de la signature du formulaire, qu'ils souscrivirent quelques jours après, sans aucune restriction pour le fait. Les plus forts n'en firent nulle difficulté, sous prétexte que, ne s'y étant point servis du terme de croire, ils se persuadaient assez mal à propos que tout le reste n'était rien.

M. d'Evreux travaillait aussi de son côté à faire valoir dans son diocèse le formulaire de l'Assemblée, ne faisant nul scrupule de persécuter les meilleurs ecclésiastiques qui ne voulaient pas le recevoir. 11 commença par ceux de sa ville qui étaient en plus grande considération. Mais M. le curé de ia Ronde, qui en était un, lui résista avec beaucoup de respect, protestant que ce refus qu'il lui faisait de signer était uniquement fondé sur là juste crainte qu'il avait de blesser la vérité et la justice.

On mandait de Bretagne que M. l'évêque de Rennes avait commencé d'en faire autant, et qu'il était sur le point de faire enlever dans ses prisons le plus sage et le plus vertueux de tous ses ecclésiastiques. On ajoutait que dans son assemblée synodale il avait publiquement demandé pardon de sa non résidence, et exhortait ses curés à lui permettre de s'absenter du diocèse pour aller ad limina Apos~ tolorum et pour se procurer un bon successeur.

On publiait aussi dans Paris que M. le chancelier venait de recevoir un bref de Sa Sainteté pour le remercier de tout ce qu'il avait fait dans cette affaire, et qu'on le verrait bientôt imprimé; mais personne n'en vit rien dans le public. On savait de plus que M. 1% cardinal Mazarin avait dit depuis peu de jours qu'il voulait voir la fin de l'affaire des jansénistes, le pape l'en ayant fait solliciter par M. le nonce. C'était un manifeste qui les menaçait d'une grande

persécution. Il déclarait qu'il avait pris la résolution de changer en tout Port-Royal, et d'envoyer de côté et d'autre toutes les personnes qui le composaient, religieuses, prêtres et autres particuliers. Que les jansénistes étaient les ennemis du roi et de la religion, et qu'ils ne pouvaient se tenir dans l'ordre en obéissant au roi, au pape et aux évêques; qu'ils troublaient tous les lieux où on leur donnait entrée et pervertissaient toutes les religieuses qui les écoutaient; qu'il n'y avait que trois ou quatre évêques en qui ils mettaient toute leur confiance; mais que ces évêques avaient commis de très grandes fautes pour lesquelles le pape voulait qu'on leur fît leur procès, et que les commissaires y allaient bientôt travailler par l'ordre du roi Mais ceux des disciples de saint Augustin qu'il avait le plus en vue demeuraient fermes et intrépides à ces menaces, et on en peut fournir des preuves par ce billet de M. Le Maître^ illustre solitaire de Port-Royal. Car voici ce qu'il mandait à un de ses particuliers amis, le 27 de novembre :

« La déclaration de guerre que vous nous avez envoyée ne nous a pas étonnés ni abattus, par la grâce de Dieu. Nous espérons plus de sa part que nous ne craignons de la part des hommes. La confiance que Son Éminence s'imagine que nous avons en trois ou quatre prélats est imaginaire; mais celle que nous avons en la sainteté de nos sœurs que l'on déshonore et que l'on déchire est solide et véritable. Nous espérons que leur ardente charité pour Dieu, qui possède tout leur cœur, couvrira la multitude de nos péchés, et que celui qui fait des miracles chez elles, pour montrer qu'il est avec elles et qu'on l'attaque en les attaquant, saura bien donner des bornes à la violence de leurs ennemis. Ils cherchent un moyen très puissant pour détruire Port-Royal; mais Dieu en a déjà un pour le conserver, s'il est dans l'ordre de la Providence qu'il ne soit pas détruit par les hommes. Pendant que Dieu les attend pour les juger, et dum foditur peccatori fovea, ils entreprennent de perdre ses servantes et ses serviteurs. Croyez- moi, ils sont plus à plaindre que nous, et ils sont aussi dignes de notre compassion que fTous le sommes peu de leur colère. Si ces trois ou quatre prélats voulaient agir avec leur vigueur épiscopale, et ne se faire pas la guerre eux-mêmes par leur frayeur et leur faiblesse, ils feraient voir du pays

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