LIVRE XVIII 0D
à ceux qui leur reprochent de grandes fautes, c'est-à-dire de grandes actions de justice et de générosité épiscopale. Il faut demander à Dieu qu'il les fortifie par son esprit, et qu'il Içs rende dignes d'agir pour sa vérité. »
Ce discours était plutôt le langage de la foi de M. Le Maître que celui de son éloquence. Il exprimait par là ses sentiments, dont son cœur était tout rempli, et s'il établissait plutôt sa confiance dans la fermeté des religieuses de Port-Royal que dans la force de trois ou quatre prélats, c'était parce que ces prélats avaient souscrit la plupart ce que la cour leur avait présenté, quelque opposés qu'ils fussent aux Jésuites, au lieu qu'il connaissait le cœur de la plupart de ces. filles, que nulle considération humaine n'était capable d'obliger à trahir leur conscience.
Il arriva vers ce temps-là une chose assez agréable dans la Faculté de théologie de Paris. M. Le Moine avait présidé à un acte dont le répondant avait voulu se signaler par une planche mystérieuse. Il y avait fait graver un saint Bernard dans la posture d'un homme qui ramenait à l'Église l'hérésiarque Henry' qu'il ramenait au légat du pape ; le tout à mauvais dessein, et pour flatter M. le nonce du retour des disciples de saint Augustin, comme s'ils se fussent séparés du sein de l'Église. Mais par malheur, cet hérésiarque se trouvait vêtu comme Escobar*, et il en avait aussi toute la mine, quoique le graveur eût eu ordre sans doute, de représenter un janséniste ; mais il avait fait justice aux disciples de saint Augustin, auxquels on donnait ce nom odieux de secte sans qu'ils l'eussent mérité, et cette bévue faisait rire tout le monde. M. le nonce en fut sensiblement affligé, car on lui disait que puisqu'il était [saint Bernard], il n'y avait plus d'autres hérétiques que les Escobars, dont il se rendait Tintroducteur,
1. Henry," hérésiarque du xn« siècle, enseigna surtout ses erreurs dans le midi de la France, avec Pierre de Bruys. Il fut combattu par Pierre le Vénérable et par Saint-Bernard.
2. Antoine Escobar y Mendoza. Ce célèbre jésuite naquit à Valiadolid en 1589, il entra dans la Société en 1604 et mourut en 1669.