LIVRE XVTIT
à la requête du substitut du procureur général du roi, il aurait présenté requête du jour d'hier pour se plaindre de la dite procédure, sur laquelle la Cour a ordonné que les informations seraient rapportées, en vertu de laquelle commandement a été fait au greffier de les apporter; à quoi il n'a point satisfait, comme appert par le certificat de Doumart, greffier, requérant être reçu appelant de la permission d'informer, information, décret, si aucun y a, et de tout ce qui a été contre lui fait par le lieutenant civil, tenu pour bien relevé, audience au premier jour ; cependant défenses d'attenter à la personne et biens du suppliant ni mettre aucun décret à exécution, et faire poursuite ailleurs qu'en la Cour, à peine de cinq cents livres d'amende. Vu le certificat et antres pièces attachées à la dite requête. Conclusions du procureur général du roi, tout considéré.
La Cour a ordonné et ordonne :
« Que itératif commandement sera fait au greffier civil du Châtelet d'apporter au greffe de la Cour les informations de la Cour, si aucunes va, à ce faire contraint par corps, et ce dans huitaine, à peine de cent livres d'amende. Toutes choses cependant demeurant en état.
Fait en Parlement, le 20 novembre.
« Signé par collation. »
Le jour même, M. Âkakia fît signifier cet arrêt à M. le lieutenant civil, au procureur du roi, au greffier et au crieur. M. de Saint-Gilles^ qui reçut une si prompte et si puissante protection, en fut principalement redevable à M. le président de Blancmesnil*, de qui il était aimé.
M. le lieutenant civil eut un extrême dépit de voir rompre inopinément les mesures qu'il avait prises pour faire un exemple considérable qui pût empêcher à l'avenir que l'onopposât de puissants écrits aux intrigues et aux cabales des .lésuites. il ne pouvait s'empêcher de s'en plaindre à tout le monde ; et le lendemain de la signification de cet arrêt, l'un des meilleurs amis de M. Aka)kiarétantallévoir,illui dit avec une grande amertume de cœur qu'il ne pouvait plus achever aucune affaire au Châtelet, le Parlement voulant connaître de tout, et ce qui était le plus étrange était que l'on
1. René Potier de Blaucme.'inil, président à la première des Enquêtes était un ancien frondeur. Il mourut en 1680.
572 MÉMOIRES DE GODEFROl HERMANT
venait de donner un arrêt de défenses à un homme qui avait écrit contre Dieu et contre le roi.
M. Akakia dit à son ami que, quand il aurait un moment de loisir pour lui donner audience sur ce sujet, il lui ferait voir que ce discours était fort éloigné de la vérité, et que les écrits dont M. le lieutenant civil se plaignait étaient fort avantageux à la gloire de Dieu et au service du roi ; mais que ce magistrat ne parlait ainsi que par le motif de ses intérêts personnels, qui lui faisaient prendre le faux pour le vrai sans vouloir s'en éclaircir. Et comme celui qui rapportait ceci à M. Akakia aimait un peu l'argent, il lui parla de l'une des maximes contre laquelle ceux qui étaient possédés de cette passion faisaient le plus de bruit depuis que l'on avait publié les fausses maximes des casuistes.
Cependant M. le lieutenant civil ne pouvait se consoler des obstacles imprévus qu'il avait trouvés dans le dessein qu'il avait formé de persécuter un homme de bien qu'il croyait, mal à propos, être l'auteur des Lettres Provinciales ; et sa douleur faisait assez voir qu'il ne l'aurait pas épargné, si on ne lui eût lié les mains. Il s'en plaignit au cardinal Mazarin dès qu'il put en avoir audience. Mais il ne considérait pas les maux domestiques qui le devaient faire périr lui-même de la manière du monde la plus tragique, et que l'infamie qu'il s'efforçait de procurer à un gentilhomme de bonne maison et de grande piété devait retomber sur sa propre famille, non par de simples effigies érigées en l'air contre lesformes, mais parle supplice effectif du feu qui devait trouver sa matière jusque dans ses propres entrailles et qui paraîtrait un jour trop léger à ceux qui par le seul zèle de la justice demand[er]aient dans vingt et un ans pour la satisfaction publique, la vengeance de trois parricides commis en sa personne et en celle de ses deux fils*.
Le 29" jour de novembre, on afficha en Sorbonne un placard dans lequel on déplorait l'état misérable où se trouvait la Faculté de théologie, et qui attribuait à MM. Morel, Cornet, Le Moine, et aux autres partisans de Molina tous les maux que ce corps autrefois si célèbre souffrait alors par le retranchement de ses principaux membres et de ses plus habiles
1. Cette allusioa au procès de la marquise de Brinvilliers, fille de M. d'Aubray, donne la date exacte de cette partie des Mémoires, écrite en 1678.