LIVRE XVIII
présence du roi même, qui les avait approuvées en quelque manière par son silence. Quelque égard que l'on eût eu aux Pères de la Société, leurs intérêts n'étaient pas si considérables à la cour de Rome qu'elle voulût, pour les favoriser dans leur passion, abandonner les siens propres, et c'était principalement pour elle qu'elle avait travaillé en agissant contre toutes les règles et toutes les formes dans l'affaire de cette bulle. Il ne pouvait concevoir comment, étant d'accord avec les ministres pour agir de concert avec eux, ils avaient souffert que M. Talon en eût plus dit en cette rencontre contre les prétentions de ceux de delà les Alpes que tout le Parlement n'en avait dit sur cette matière depuis plus de trente-six ans. Cela l'obligea d'aller en toute diligence trouver M. l'archevêque d'Arles, le plus ancien de tous les évêques qui étaient alors à Paris, pour lui représenter l'injure qu'il prétendait que M. Talon avait faite au pape et à l'ordre des évêques, et l'exhorter à assembler tous ceux du premier ordre qui se trouvaient dans cette capitale du royaume, afin de se plaindre conjointement avec lui à Son Éminence des emportements et des erreurs de cet avocat général, que l'on n'accusait de rien moins que d'avoir avancé un très grand nombre d'hérésies.
Ce ne fut pas la seule démarche qu'il fit pour mettre à couvert les intérêts de la cour de Rome, qu'il était venu soutenir en France, et qu'il croyait même étendre encore plus loin sous la faveur d'une conjoncture aussi avantageuse que l'était la cause du prétendu jansénisme. Car il renouvela ce jour là même les protestations qu'il avait faites dans la ville contre tout ce que le roi pourrait faire ou aurait fait au Parlement, afin que cela ne pût apporter aucun préjudice aux prétentions de Rome, et particulièrement à la créance dont elle était prévenue depuis longtemps que l'autorité des bulles des papes est absolument indépendante de celle des princes politiques et du ministère des avocats, et qu'elle n'a pas besoin d'aucune vérification que de celle qui se fait à Rome lors qu'elles sont affichées, m acie campi Florx.
Mais M. Talon, qui était assuré de la cour, se mettait peu en peine des plaintes de M. le nonce. Au contraire, plus ce ministre du pape témoignait de mécontentement de sa harangue, et plus il en tirait d'avantages, sous la protection
du cardinal Mazarin, qui avait l'art de ménager^sa condescendance pour Rome, pour la reine et pour les Jésuites, et ne prenait pas d'autre part en tout cela que le soin de s'en prévaloir pour ses avantages personnels.