‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècleChapitre 379 sur 412 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Différents jugements sur le discours de M. Talon. Embarras de M. le nonce du pape, qui se résout d'en faire ses plaintes à la cour.

Le discours de M. Talon fut reçu diversement dans le public. Quelques-uns dirent qu'il avait fort maltraité les disciples de saint Augustin, par les reproches qu'il leur avait faits d'orgueil, d'opiniâtreté, de vaines subtilités pour éluder des choses déjà décidées, et crurent que c'était accabler des personnes innocentes et des théologiens de mérite qui avaient pu, ce semblait, se promettre raisonnablement sa protection dans leur besoin. Les autres, qui regardaient sa conduite avec des vues un peu plus politiques, disaient qu'il avait été obligé de donner cette satisfaction à la cour,

1. Une page est laissée blanche au ms. On lit à la copie : La comtilution n'est pas ici; on pourra la lire si on Va.

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et qu'il suffisait pour ces théologiens qu'ayant établi si fortement les maximes du royaume, il les eût mis à couvert du tribunal de l'Inquisition, et de conserver le droit de se défendre par des appels comme d'abus.

Le jour même de cette séance du roi en son lit de justice, M, l'archevêque d'Embrun, M. le président de Blancmesnil et quelques autres s'étant trouvés chez M. le président de Nesmond, le discours de M. Talon fut l'entretien de la compagnie. M. de Nesmond dit que cet avocat général avait parlé fortement contre lesjansénistes, et avait assez fait voir qu'il n'était pas pour eux. M. l'archevêque d'Embrun, à qui ce langage n'était pas désagréable, dit que puisque la bulle et la déclaration du roi étaient vérifiées, il n'y avait plus à l'avenir aucune difficulté de poursuivre les jansénistes, la voie d'appel comme d'abus ne leur étant plus favorable, et les jugements des évoques étant dans toute leur vigueur. M. le président de Blancmesnil, qui traitait ce prélat avec d'autant plus de familiarité qu'ils avaient autrefois étudié ensemble en philosophie au collège de Navarre, lui répartit qu'il voyait bien par ce qu'il venait de dire le dessein que l'on avait eu dans la vérification et l'enregistrement de ces bulles, qui n'était autre que d'établir l'Inquisition ; et se tournant vers M. le président de Nesmond, il lui dit : « Audiemus te de hoc iterum. Messieurs des Enquêtes n'en demeureront point là; ils examineront la bulle. » A quoi M. de Nesmond répliquant, il lui dit ; « Si cela est comme vous le dites, il viendra sans doute du côté de la cour des défenses de s'assembler. »

Mais celui qui ressentit ce jour là une plus grande amertume de cœur fut M, le nonce, qui reconnut un peu trop tard que ceux qui lui avaient donné avis de ne pas commettre l'autorité du pape à la discrétion du Parlement lui avaient donné un conseil fort salutaire. Le discours de M. Talon, qui lui avait été rapporté, le perçait de douleur et lui était insupportable. Il s'était figuré mal à propos que toutes les voies pour la réception de la bulle seraient aplanies sans qu'il lui dût venir aucun embarras du côté du Parlement. Les Jésuites, qui sont des grands flatteurs et d'infidèles exécuteurs de leurs paroles, lui avaient été de méchantes cautions. Les exceptions de M. l'avocat général lui étaient d'autant plus insupportables qu'elles avaient été prononcées en

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