LIVRE XIV
mais qui pussent, dans la rencontre, entrer dans la négociation ; que pour cela il voulait savoir si le Père Spinola Somasque était vraiment thomiste. M. Brunetti se chargea de le savoir par un de ses amis afin d'en dire des nouvelles à son Éminence qui se mettrait en peine de le rendre son ami.
M. le cardinal Barberin ajouta qu'il ne désespérait pas de réduire à la raison le cardinal Albizzi, travaillant à le conduire insensiblement à son parti; que lui, sieur Brunetti, avait bien fait de gagner M. Baranzoni, assesseur du Saint Office, dont Son Éminence estimait le jugement et la prudence ; que les thomistes avaient dessein dans leur premier chapitre général de présenter un mémorial au pape pour supplier Sa Sainteté de déterminer laquelle des deux opinions^ des molinistes et de la leur, devait être suivie, puisqu'elles étaient contradictoires, et que l'on ne tînt pas pour hérétique celui qui suivrait la doctrine de saint Thomas, pourvu que sa doctrine soit bonne, mais celui qui suivrait Molina, si sadoctrine était mauvaise; que ce n'était pas que Son Éminence crût que cela pût réussir, parce que les thomistes modernes avaient des sentiments opposés, et qu'il avait appris avec déplaisir qu'il ne venait pas d'habiles gens à ce chapitre; que ces messieurs devaient s'abstenir d'écrire jusqu'à ce qu'il y eût espérance de faire quelque chose; qu'ils feraient mieux de s'appliquer à quelque autre matière, comme par exemple M. de Saint-Cyran' pourrait écrire contre quelques-uns des sentiments d'Antoine de Dominis, personne ne s'y étant encore appliqué comme il fallait; que si le marquis de Caracêne menait avec lui son confesseur ordinaire, qui était un augustin très savant, évêque de Giorgento, les Jésuites ne s'en trouveraient pas bien, parce que cet évêque était leur ennemi, comme il était au contraire intime ami de lui, cardinal Barberin ; qu'il ferait tout son pouvoir afin de trouver un homme habile et qui ne fût pas suspect aux ennemis, afin de le faire proposer pour qualificateur, et que cependant il lui avait extrêmement recommandé, à lui sieur Brunetti, de travaillera unir M. Arnauld et l'abbé Hilarion, lui promettant en foi de cardinal qu'il
1, Il est ici question de Martiu de Barcos, ueveu de Duverger de Hauranue et son succesâeur cotume abbé de Saiot-Cyrau.
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s'emploierait entièrement en faveur de ces messieurs, pour faire connaître combien il les estimait [et] pour leur procurer toute satisfaction.
Le lundi de Pâques, M. Brunetti et le Père Hiiarion s'étant rendus de concert dès le matin à Saint-Jacques des Espagnols, ils convinrent que pour s'unir comme il fallait, M. Arnauld devait faire un petit écrit dans lequel il exprimerait ses sentiments par les propres termes de saint Thomas.
Ce jour-là même, M, Brunetti parla au pape avec toute la liberté possible ; et entre autres choses lui dit ces paroles : « Votre Sainteté est dans une place où tout le monde n'a pas la liberté de l'informer de tout ce qui se passe, et d'autant plus que ceux qui l'approchent avec plus de liberté sont ceux qui n'ont pas d'autre but que d'anéantir et de détruire ceux qu'onappellejansénistes. J'espère néanmoins que Votre Sainteté voudra être informée par plusieurs personnes de la vérité des choses avant que de prendre aucune résolution importante'. » Mais il mandait que nonobstant cela et toutes autres choses qu'il eût pu dire, il l'avait trouvé étrangement préoccupé contre les disciples de saint Augustin, et si mal disposé qu'il y avait beaucoup à craindre si lui qui mandait celte nouvelle ne tâchait de trouver quelqu'autre moyen de faire impression sur son esprit.