‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècleChapitre 42 sur 412 · LIVRE XIV · texte numérisé non relu

LIVRE XIV

néanmoins ce cardinal' craignait les fâcheuses suites de tout ceci, et que si quelqu'un lui faisait bien comprendre ce ({u'il y avait de plus essentiel, il pourrait apaiser le bruit ; que le général des Augustins, qu'il avait vu le matin, était favorable aux jansénistes, mais qu'il avait aussi ses difficultés; que les jansénistes s'étaient trop avancés dans leurs écrits et qu'on ne voyait pas comment y remédier; que la lettre de M. Arnauld serait bientôt censurée, parce qu'il y avait trop de personnes qui travaillaient à faire prendre cette résolution ; que si les jansénistes ne se réduisaient à confesser la grâce suffisante, on ne les entendrait ni on ne les souffrirait jamais; qu'il avait fait quelques remarques, lui Père Hilarion, à la marge dun écrit que M. Brunetti lui avait donné, où l'on faisait voir que les cinq propositions n'étaient pas de Jansénius, mais qu'un religieux de Saint- François qui était allé en France l'avait emporté; qu'il avait fait un petit discours pour expliquer la grâce suffisante et la grâce efficace, qui était entre les mains de M. le cardinal Albizzi, qu'il le retirait pour le lui donner afin qu'il en pût prendre une copie; qu'il n'allait plus voir le pape, s'il n'y était mandé; mais que quand il irait, il ne lui parlerait point de cette affaire, à moins que Sa Sainteté ne lui en donnât occasion. Mais que s'il l'avait, il lui parlerait, comme un religieux et un chrétien était obligé de faire; qu'il lui avait dit de plus que la doctrine des molinistes était mauvaise ; que celle des jansénistes n'était pas bonne, et puis qu'il avait ajouté : « Plût à Dieu que les thomistes fussent de mon sentiment! » De sorte qu'il avait remarqué que ni les jansénistes, ni les molinistes, ni les thomistes, ni le Père Hilarion n'étaient d'accord ensemble. Que sur cela il lui avait dit : « Mais, mon Père, s'il y a tant de difficulté sur ces matières, et qu'il n'y ait encore rien de certain, pourquoi faut-il que les jansénistes seuls soient hérétiques? Pourquoi ne fait-on pas plutôt une assemblée de théologiens de toutes sortes d'ordres, afin d'éclaircir une fois ces questions, et former une résolution qui fût reçue de tout le monde? » Que le Père Hilarion lui avait répondu : « Je ne saurais que vous dire ni qu'y faire. » Que sur cela il lui avait répliqué avec chaleur : « On en viendra donc

1. La phrase est obscure; Hilarion n'était pas cardinal, et sans doute il ne saurait ôtre question d'Albizzi.

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aux censures, aux condamnations, et peut être à quelque chose de pis. » Mais que tout cela était inutile parce qu'on ne faisait attention à rien.

Le Jeudi saint au matin, M. le cardinal Barberin demanda à M. le cardinal Sacchetti qui était un certain M. Brunetti qui demeurait chez lui, et ce cardinal ayant rendu un témoignage fort avantageux du mérite de celui dont il s'informait, M. Brunetti, par ordre de son patron, alla voir M. le cardinal Barberin le Vendredi saint à une heure de nuit, et y fut jusqu'à quatre heures, parlant toujours de l'affaire des disciples de saint Augustin.

Il reconnut par ce long entretien que ce cardinal avait une très grande estime de l'abbé Hilarion, le croyant le plus habile théologien qu'il y eût, ou du moins aussi habile qu'aucun autre; qu'il faisait grand cas des ouvrages de M. Arnauld, dont il lui avait demandé plusieurs choses sur lesquelles il lui avait répondu selon ses véritables sentiments; que pour M. d'Andilly, Son Éminence le connaissait; que comme ce cardinal était entièrement thomiste, il souhaitait que M. Arnauld et l'abbé Hilarion fussent unis, parce que cette union servirait à établir leurs sentiments et à ruiner ceux des adversaires ; qu'il était impossible que les Jésuites pussent soutenir leurs opinions, qui étaient si dangereuses, et qu'enfin Dieu permettrait, et bientôt, qu'on discernerait' le vrai du faux ; que c'était une chose fâcheuse qu'en France tout ce que disait le père Annat fût cru comme l'Evangile, et que ce que tant de grands hommes disaient fût toujours regardé comme hérétique ; que c'était une chose déplorable et insupportable de voir le pape si dévoué aux Jésuites qu'il ne voulait pas demeurer d'accord des faits qui étaient vrais, comme il le lui avait dit lui-même, et sur ce fait particulier qu'il y avait eu plus de soixante docteurs qui avaient paru en Sorbonne pour défendre M. Arnauld ; qu'il n'y avait pas lieu de rien espérer, puisque le pape ne voulait écouter personne, et qu'il ne recevait d'avis que de deux ou trois persécuteurs qui ne travaillaient tous les jours qu'à détruire les jansénistes ; qu'il serait bon d'avoir à Rome deux hommes de tête qui ne fussent pas seulement savants et dans les sentiments de ces théologiens,

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