LIVRE XIV
Cependant on pressait toujours M, du Saussay de faire la visite à Port-Royal pour obliger les directeurs de ces religieuses à se démettre de la conduite des deux monastères, et on ne croyait pas qu'il dût trouver beaucoup de difficultés à donner cette satisfaction aux personnes qui l'en pressaient avec tant d'instances, puisque outre les six mille livres qu'il avait déjà reçues, il avait encore touché depuis peu les quatre mille livres qui lui avaient été promises.
M. Colbert, prieur de Sorbonne, ne se contentant pas d'avoir envoyé sa lettre circulaire à M, Rousse, curé de Saint-Roch, l'honora d'une visite qui ne tendait qu'à l'exhorter à signer la censure de la Faculté contre la seconde lettre de iM. Arnauld. Mais ce bon curé s'en défendit par trois raisons : la première que la proposition de M. Arnauld avait un bon sens, qui était celui qu'il lui avait donné tant dans sa lettre que dans les apologétiques qu'il avait présentés en la Faculté ; la deuxième, parce que la censure dont on sollicitait ainsi la souscription était la chose du monde la plus irrégulière et la plus insoutenable, étant contraire à toutes les règles du droit naturel et à tous les usages reçus dans la Faculté ; la troisième parce qu'il y allait de l'honneur de lui, curé de Saint-Roch, qu'il perdrait infailliblement s'il allait signer, après l'écrit qu'il avait donné au public contre la signature.
En effet, ce bon vieillard pour se disculper du prétendu jansénisme qu'il croyait être préjudiciable à son ministère, avait publié quelque tempsaprès lacensure un écritintitulé : Les avis de M. Jean Rousse, docteur de la Société de Sorbonne, curé de Saint-Hoch de Paris, sur la seconde lettre de M. Arnauld, aussi docteur de Sorbonne, du iO juillet 1653. Aux paroissiens de Saint Hoch. Avec approbation.
Dans la préface, qui était courte, il rendait raison à ses paroissiens de la publication de cet écrit, dont l'occasion était qu'on lui avait imposé le nom de janséniste à la cour, en sa paroisse et par tout Paris, au préjudice de sa réputation et au préjudice du salut de plusieurs personnes de la paroisse et autres; et ce, contre la vérité, puisque quant à la doctrine, il ne lavait jamais suivie et avait protesté du contraire en pleine Faculté; et que, quant au fait, il n'avait rien dit ni fait en Sorbonne en faveur de M. Arnauld que [comme l'un des juges, et par obligation de cons-
cience, de justice et d'équité, ou pour le bien de la paix.
Que la fin de cet écrit était de s'effacer ce nom de janséniste parce qu'il n'était pas vrai, en ce qu'il pouvait porter préjudice à sa charge paroissiale, et que comme il protestait devant Dieu que si cette doctrine lui semblait vraie, aucun respect humain ne l'empêcherait d'en être, aussi ceux qui le connaissaient savaient que s'il en était il ne se déguiserait point ; mais que d'en souffrir le nom sans l'être, ce serait laisser pour néant son ministère dans l'opprobre et dans le blâme des hommes et des femmes, à quoi il était tenu de pourvoir devant Dieu et devant les hommes, de peur que la calomnie frappant le pasteur ne dispersât ses brebis.
Cette préface était suivie d'une déclaration précise et de plusieurs protestations de n'être pas janséniste, dont il demandait acte au public, quoi qu'il eût conclu que, quant à la question de fait, M. Arnauld devait être renvoyé absous de toute censure, ce qui était fort éloigné de la question de droit.
Le reste de cet écrit était une traduction de ses deux avis qu'il avait prononcés à sa mode, et contenait une assez étrange opinion touchant le péché de saint Pierre, qu'il croyait avoir été mortel avant même son reniement, parce qu'il avait estropié le serviteur du pontife et lui avait abattu l'oreille droite; — 1" disait-il à cause de l'obligation griève du commandement que saint Pierre a transgressé : ISon occides, et l'autre de la Genèse, chapitre IX, v. 6; que Notre Seigneur objecta à saint Pierre : Quiconque frappera du glaive mourra du glaive; — 2° par la matière, qui est une griève blessure et mutilation, outre que saint Pierre voulait fendre la tête au serviteur, à ce que dit saint Chrysostome, d'oîi vient que celui-ci penchant la tête sur le côté gauche (comme cela est naturel), l'oreille droite reçut le coup : intention de fendre la tête qui rend le péché mortel; — 3° par plusieurs' circonstances aggravantes qui font voir que ce péché était grief et mortel et sujet à réparations d'importance. Aussi Notre Seigneur guérit ce valet sur le champ, tant pour réparer le dommage fait par saint Pierre que pour ôter sujet de plainte en justice, et d'être fait complice