LIVRE XIV
si leurs lettres et ordonnances contenaient des choses qui lui fussent désagréables, ils étaient prêts de les éclaircir de sorte qu'elle en serait satisfaite ; mais que pour cet elïet, il était nécessaire qu'elle eût la bonté de leur marquer en particulier ce qui lui avait déplu. Après quoi Sa Majesté avait cru qu'il n'y avait qu'à faire savoir cette réponse à M. le nonce pour la déclarer au pape, et avait commandé à cet efTet à M. le comte de Brienne de l'aller trouver, avec ordre de lui dire qu'il était inutile d'informer sur cette affaire, puisque ces évêques reconnaissaient qu'ils étaient auteurs de ces pièces, et qu'il ne restait plus rien à savoir, sinon ce qui avait pu fâcher Sa Sainteté, afin que ces trois prélats donnassent de légitimes interprétations à leurs écrits ou des satisfactions qui pussent réparer leurs fautes s'ils en avaient commises, comme ils avaient témoigné être en disposition de le faire. Mais que M. le nonce avait répondu qu'il n'avait aucune charge de s'expliquer, que c'était à ces messieurs de reconnaître le sujet de la plainte quo faisait le pape; que néanmoins, comme il désirait l'accommodement de cette affaire, il voulait l'avertir, comme particulier, que M. l'évêque de Lodève pourrait donner à ces messieurs quelque éclaircissement des intentions de Sa Sainteté, parce qu'il avait reçu des lettres de M^"" Rospigliosi ', secrétaire d'état du pape, lesquelles faisaient quelque mention de la chose; que Sa [Majesté] n'ayant pas été assez éclaircie par cette réponse de M. le nonce, et voulant néanmoins pourvoir à cette affaire pour témoigner la dévotion qu'elle avait pour le Saint Siège, elle lui avait donné charge de proposer la chose à l'Assemblée pour savoir son sentiment; afin qu'étant aidée de son conseil elle pût répondre à Sa Sainteté ; que pour cet effet Sa Majesté désirait que la compagnie lui donnât ses avis précisément sur la demande de M. le nonce, sans y mêler aucune autre affaire.
11 ajouta qu'il devait dire en son particulier qu'il avait longtemps cru que celte affaire se terminerait à l'entière salisl'action de Sa Sainteté, par ce qu'il avait engagé ces messieurs à écrire au feu pape Innocent X, pour lui témoin
1. Jules Rospigliosi (1600-1669) archevêque de Tarse, nonce en Espagne de 1644 à 1655, puis secrétaire d'Etat d'Alexandre VU, devint cardinal en 1657. 11 fut élu papo ?otis le nom de Clément IX eu 1667.
68 MÉMOIRES DE GODEFRûi HERMANT
gner les sentiments de respect et de soumission qu'ils avaient pour le Saint Siège, et la disposition dans laquelle ils étaient d'en donner toutes les marques que Sa Sainteté en désirerait d'eux.
11 fallait que la patience et la docilité des évêques fussent bien grandes pour écouter sans répartie ce secret établissement d'une nouvelle Inquisition, et ne pas faire la moindre plainte de ce que M, le nonce voulait obliger trois des plus considérables prélats du royaume à deviner le sujet ou le prétexte que l'on croyait avoir à Rome de se plaindre d'eux ; saint Pierre n'en avait pas usé ainsi, et selon la remarque de saint Grégoire, il n'avait pas eu de peine de rendre raison de sa conduite pour satisfaire ceux qui s'en plaignaient.
Mais la crainte et la complaisance étaient la principale règle de l'Assemblée, et la plupart de ses députés se faisaient un grand lionneur de leur servitude et de leur silence; car ils se contentaient de la honteuse satisfaction de mettre le premier ministre en état de se moquer de la cour de Rome, de leur Assemblée en général, et de ces trois évêques dont l'affaire servait merveilleusement à ses propres intérêts.
Il y eut sur l'autre affaire quelque petite étincelle de générosité dans les députés de la province de Bourges, qui ne voulurent pas souscrire la réponse que M. de Toulouse avait dressée au bref de Sa Sainteté, M. le nonce de sa part fut tellement choqué de cette réponse, que comme l'agent du clergé le pressait de la recevoir, il dit que s'il pouvait s'y résoudre, ce serait seulement pour verser sur le papier qui la contenait autant de larmes qu'il y avait de mots qui la composaient. Il fit ensuite de grandes plaintes de la disposition présente du clergé de France, qui ayant toujours fait profession d'être obéissant au pape, entreprenait de faire des remontrances à Sa Sainteté en une occasion où elle était persuadée, et n'en doutait nullement, que le roi très chrétien voulait la paix.
M. Barré, chanoine de Notre-Dame et autrefois curé de Saint-Merry, mourut la nuit du 27 au 28 de ce mois, sans avoir pu conserver à son neveu, docteur de Sorbonne de grand mérite, la prébende; quoique le chapitre eût sollicité eu safaveui^de donner la clôture à la régale qui l'empê-