LIVRE XIV
M. Colombel s'étant plaint de cet excès à quelques-uns de messieurs les curés, ses confrères, ils furent d'avis de s'assembler l'après dinée pour voir ce qu'il y aurait à faire pour en poursuivre la réparation. Il y en eut quelques-uns qui firent cette réflexion en particulier, qu'encore que cette action fût injuste, Dieu était juste, et se servait de la colère du cardinal Antoine pour venger l'injure que ce curé avait faite à de vertueux ecclésiastiques qu'il avait chassés de sa paroisse à cause qu'ils étaient défenseurs de la doctrine de Saint-Augustin. La résolution de leur assemblée fut de se plaindre au roi, à la reine et à M. le cardinal de ce mauvais traitement, et d'y intéresser les évêques, afin d'en avoir raison et de conserver leurs droits.
En ce temps là, le roi s'étant fait lire la septième lettre provinciale par M. l'abbé Le Camus ', l'un de ses aumôniers, qui depuis est devenu évéque de Grenoble, il y prit un très grand plaisir; et le Pèie Annat, son confesseur, s'en étant plaint hautement, s'appliqua de tout son pouvoir à empêcher l'impression de ces lettres humiliantes. Les Jésuites, voyant l'effet qu'elles faisaient dans le monde, étaient en fureur contre ceux qu'ils en croyaient les auteurs, parce que leurs meilleurs amis, qui ne les avaient pas connus jusqu'alors pour ce qu'ils étaient, leur disaient nettement que cette doctrine ne valait rien. M. le comte d'Albon* était de ce nombre, et il dit qu'il était bien aise que cette humiliation leur fût arrivée, parce que dans le fond cette doctrine ne valait rien, et qu'il fallait qu'ils la quittassent.
M. Biet, chanoine de l'église de Paris, fut le premier des exilés qui revint en ce temps-là; on croyait que le retour des autres était remis.
Le mercredi, 24""' jour de mai, M. le cardinal Mazarin vint encore une fois prendre son rang pour présider à l'Assemblée, et dit qu'étant obligé de suivre le roi dans le voyage que Sa Majesté allait faire vers la frontière, il n'avait pas voulu partir sans leur dire adieu et leur témoigner le déplaisir qu'il avait de n'avoir pu y assister aussi souvent
1. Étieone Le Camus (1632-1707), aumônier du roi, puis évêque de Grenoble; ce jeune abbé de cour devint un saint prélat ; Innocent XI le fit spoutauémeut cardinal en 1686.
2. Gilbert-Antoine d'Albon, mort en 1680, était l'àuie de la fameuse confrérie du Saint- Sacrement.
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qu'il aurait souhaité, et leur donner des assurances de la continuation de son affection dans les occasions qui se pourraient présenter pour les intérêts de la compagnie et des particuliers qui la composaient.
Ensuite il se fit un grand mérite de la liberté qu'il avait obtenue pour eux de Sa Majesté, ou de transférer ailleurs le lieu de leur assemblée, ou de la continuer à Paris; et ils acceptèrent ce dernier parti, et le supplièrent d'assurer Sa Majesté qu'en son absence, s'il offrait quelque occasion qui pût engager la compagnie à prendre des résolutions où Sa Majesté eût intérêt directement ou indirectement, elle n'entrerait en aucune délibération qu'après lui avoir communiqué l'affaire, et qu'en toutes rencontres, elle donnerait aux autres l'exemple de la fidélité qui était due au roi. Sur quoi il dit qu'il eu doutait si peu que par avance il en avait assuré Sa Majesté.
Dès le samedi précédent 20 mai, on avait fait la lecture de la lettre que M. de Marca, archevêque de Toulouse, avait faite sur ' le bref de Sa Sainteté par ordre de l'Assemblée. On trouva à propos de la relire en présence de Son Eminence, qui remercia PAssemblée du témoignage qu'elle rendait de lui, protestant d'avoir un zèle très sincère pour la paix. Il fut résolu que Messieurs les agents porteraient à M. le nonce cette lettre toute ouverte, et qu'on lui en laisserait une copie. Qu'outre cela, il en serait envoyé un duplicata à M. le cardinal Bichi, vice-protecteur de France, et que M. l'archevêque de Narbonne le prierait de la part de la compagnie de la rendre à Sa Sainteté.
Enfin M. le cardinal Mazarin dit qu'il y avait environ trois mois que M. le nonce avait demandé au roi qu'il lui plût de souffrir qu'on informât pour savoir si MM. l'archevêque de Sens et les évêques de Comminges et de Beauvais étaient auteurs de certaines lettres pastorales et ordonnances qui avaient été publiées sous leurs noms, lesquelles avaient déplu à Sa Sainteté. Sur quoi Sa Majesté, voulant faire réponse, s'était enquise de ce qui s'était passé, et avait trouvé que ces trois prélats avouaient d'avoir composé ces écrits, et qu'ils avaient témoigné en même temps qu'ils n'avaient eu aucun dessein de déplaire à Sa Sainteté ; que