‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècleChapitre 64 sur 412 · LIVRE XIV · texte numérisé non relu

LIVRE XIV

main; et là-dessus ils demandèrent que l'on pratiquât cette discipline à l'égard de cet ecclésiastique. Cela donna lieu à une assez grande contestation, et on en délibéra de nouveau parce qu'il y avait eu quatre provinces qui avaient été à remettre au lendemain. Néanmoins il fut conclu que nonobstant l'ancien arrêté, cet ecclésiastique déclarant que c'était pour une affaire importante, on lui donnerait audience à l'heure même. Mais lorsque l'on eut été à la porte pour l'avertir, il ne s'y trouva plus. Car il s'était retiré sur ce qu'il avait vu sortir un évêque pendant la délibération, qu'il présuma aller donner un avis à M. le chancelier de ce qui se passait à l'Assemblée, comme en effet ce prélat y était allé sur ce que M. de Mannevillette' avait dit connaître cet abbé de vue, et qu'il était ami de M. le cardinal de Retz.

Cependant on ne laissa pas de proposer dans le clergé si on donnerait à l'avenir audience à tous ceux qui se présenteraient en habit ecclésiastique, sans les obliger de communiquer les choses qu'ils avaient à dire à l'Assemblée. Et sur cette délibération prise par provinces, il fut résolu de donner audience à tous ceux qui se présenteraient, sans les obliger de communiquer ce qu'ils auraient à représenter à l'Assemblée.

Les esprits des députés ayant été partagés ce jour-là, il survint le lendemain, 20 juin, un plus grand trouble; car M. de la Bachelière, gouverneur de la Bastille, vint ce jourlà, par ordre de M. le chancelier, avec plusieurs gardes investir la salle de l'Assemblée afin de prendre cet ecclésiastique inconnu qui se qualifiait abbé de Saint Jean, avec ordre de ne laisser sortir aucun de l'Assemblée tant qu'elle durerait, ni de souffrir que qui que ce soit parlât à aucun d'eux. Le sieur Vitré eut aussi ordre de ne laisser sortir personne de l'Assemblée, de sorte que cet ecclésiastique ayant envoyé appeler un des députés par un homme inconnu et de peu de représentation, l'huissier de la salle ne voulut pas souffrir que le député que l'on appelait allât à la porte, lui disant que le roi lui avait ordonné de ne laisser sortir personne de l'Assemblée.

Tout le clergé étant effrayé d'une conduite si étrange,

1. Adrien de Hauyvel, comte de Mannevillette, marquis de Crèvecœur, receveur général du clergé, puis secrétaire des commandements de Philippe d'Orléans, mourut en 1684.

M. l'archevêque de Sens dit, ainsi qu'il est rapporté dans le procès-verbal de l'Assemblée même, que dans une affaire aussi importante que celle qui se présentait, la compagnie ne pouvait apporter trop de zèle pour en demander répation, laquelle on devait d'autant plus espérer du roi qu'elle était faite sans ses ordres; qu'il avait été surpris lorsqu'arrivant dans l'Assemblée, il avait appris que le gouverneur de la Bastille était dans les cloîtres, s'y promenant, et qu'il y avait plusieurs personnes inconnues portant des épées. Que dans un autre temps on y aurait pu voir ces sortes de gens sans se persuader qu'ils eussent dessein d'arrêter personne; mais qu'après les choses qui s'étaient passées le jour précédent, on avait lieu de croire qu'ils y étaient venus pour violer la liberté de la compagnie. Qu'ainsi l'assemblée avait sujet de se plaindre de ce que, devant être un asile et un lieu de sûreté, les ecclésiastiques néanmoins n'auraient plus la liberté d'y porter leurs plaintes; que d'ailleurs la conduite que tenaient ceux qui donnaient de tels ordres pouvait faire croire au public que l'Assemblée serait capable de faire quelque chose contre le service du roi, et que de quelque côté que l'on tournât la chose, [il] trouvait que cette entreprise [était] injurieuse à l'Assemblée.

On fit une sérieuse réflexion sur cette plainte de M. l'archevêque de Sens, et l'on s'entretint longtemps des moyens que l'on pourrait employer pour avoir quelque satisfaction d'une action telle que celle-là. Enfin il fut résolu qu'il serait député vers Sa Majesté pour lui en porter ses plaintes, et l'Assemblée nomma pour cet efïet MM. de Bordeaux et de Séez, et MM. les abbés de Ligny' et de Saint-Nicolas, qui furent priés de voir M, le prince de Conti et M. le chancelier pour leur donner avis de ce qui s'était passé.

Cependant le bon M. l'offîcial faisait paisiblement sa visite dans le monastère de Port-Royal de Paris, avec une extrême satisfaction, et ayant commencé par les dernières professes, il y trouva la Sœur Eugénie*, veuve de M. de Saint-Ange,

1. Dominique de Ligny, frère de l'abbesse de Port-Royal, succéda en 1659 à son oncle Dominique Sôguier sur le siège épiscopal de Meaux ; il contribua beaucoup à la paix de l'Église en 1668, et mourut en 1681.

2. Le nom est laissé eu blanc au ms. François Le Charron, baron de Saint-Ange, mourut en 1652. Sa veuve fit enterrer son cœur à Port- Royal de Paris, où elle avait dessein de se retirer.

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