LIVRE XIV
premier maître d'hôtel de la reine, et leur ayant demandé à toutes plusieurs questions du temps, il fut surpris de la profonde humilité avec laquelle elles lui répondirent. Mais pendant qu'il s'occupait d'un si saint et si agréable exercice, on lui signifiait en sa maison une révocation de ses provisions et pouvoirs, faite par M. le cardinal de Retz en date du 15 mai précédent, et il n'en apprit la nouvelle que quand il fut chez lui sur le soir au retour de cette visite. Ceux qui faisaient les affaires de ce cardinal prirent le soin de la faire afficher aux portes des églises et aux coins des rues de Paris. Elle contenait ce qui suit :
Acte de la révocation du vicariat général de M. Du Saussay en l'archevêché de Paris.
Jean-François-Paul de Gondy, cardinal de Retz, du titre de Sainte-Marie sur la Minerve, archevêque de Paris, etc., à Messire André Du Saussay, nommé àl'évéché de Toul, salut. Nous avions j ustement espéré qu'en vous commettant le gouvernement de notre diocèse, vous emploieriez votre zèle et vos soins pour remédier à tous les maux dont il est affligé depuis si longtemps, faire cesser les scandales et les sacrilèges, et rétablir la juridiction épiscopale; qu'en toutes occasions vous conserveriez inviolablement le respect qui est dû au Saint-Siège, garderiez avec nous une correspondance innocente et ecclésiastique, et procureriez par toutes les voies possibles qu'il ne restât dans nos paroisses aucune marque d'affliction et de douleur ; et qu'enfin, sans manquer jamais au respect et à la fidélité qui sont dus au roi, vous défendriez généreusement tous les droits de notre dignité et les immunités de l'Église. Mais votre conduite a été si contraire à ce que nous en avions attendu, et elle est d'ailleurs si publique, que nous croirions trahir la cause de l'Église et blesser notre conscience et notre honneur, si nous différions davantage à révoquer, comme nous faisons par ces présentes, l'autorité et le pouvoir de vicaire général que nous vous avions cidevant commis. Et afin que vous n'en prétendiez cause d'ignorance^ et que vous n'ayez plus à vous immiscer en aucune fonction du vicariat général, nous voulons et entendons que ladite révocation vous soit duement signifiée et publiée dans tout notre diocèse, et nous avons donné à cet eff"et pouvoir au porteur des présentes. En témoin de quoi nous avons
signé ces présentes, fait apposer le sceau de nos armes, et contresigner par notre secrétaire ordinaire, en présence de Messire Guillaume Charrier, abbé deNotre-Dame-de-Chaage, et de Messire Adrien-Augustin de Lamet*, docteur de Sorbonne. Donné hors la porte de Rome appelée Flaminia, le 15 mai 1656. Ainsi signé : J. F. Paul de Gondy, cardinal de Retz, archevêque de Paris. »
Et plus bas : Par mon dit Seigneur l'Éminentissime, Gaultray, et scellé.
Il avait ajouté au bas de ce placard une lettre adressée à tous ses diocésains, pour leur donner avis de cette révocation en ces termes :
« Jean-Francois-Paul de Gondy, cardinal de Retz, du titre de Sainte-Marie sur la Minerve, archevêque de Paris, à tous nos diocésains, salut. Les soins que nous devons nonobstant notre éloignement au bien de notre diocèse nous ayant engagé par des raisons trèjs pressantes à révoquer le pouvoir de vicaire général que nous avions ci-devant commis à Messire André du Saussay, nommé à l'évêché de Toul, nous avons jugé nécessaire devons en informer par ces présentes, et vous avertir que les vicaires généraux commis ci-devant par nous satisferont à toutes les fonctions de leurs charges et aux besoins de notre diocèse, sans manquer jamais au respect et à la fidélité que nous devons à notre grand monarque, qui a déjà eu la bonté d'accorder le retour de quelques-uns d'eux. Voulons et ordonnons que tous ceux qui nous sont soumis à cause de notre dignité archiépiscopale reconnaissent leur autorité. En témoin de quoi nous avons signé les présentes, fait apposer le sceau de nos armes, et contresigner par notre secrétaire ordinaire ; en présence de Maître Guillaume Charrier, abbé de Notre-Dame de Chaage et de Maître Adrien-Augustin de Lamet, docteur de Sorbonne. Donné, etc. »
Ce placard fut un coup de foudre qui fît sécher de dépit M. l'offîcial. On crut néanmoins en ce temps-là qu'il ne déférerait nullement aune révocationsi honteuse, et que, quelque
1. Adrieu-Augustin de Bussy de Lamet (1621-1691), docteur de Sorbonne, parent du cardinal de Retz, le suivit dans sa prospérité et dans ses disgrâces. Revenu à Paris, il s'occupa arec Sainte-Beuve de la résolution des cas de conscience.