‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècleChapitre 66 sur 412 · LIVRE XIV · texte numérisé non relu

LIVRE XIV

excès qu'il eût commis, M. le cardinal de Retz n'en avait pas le pouvoir.

Sa plus grande impatience était alors de se faire sacrer en diligence, de peur qu'il ne vînt encore quelque chose de pis du côté de Rome, M. le nonce lui ayant dit que le pape n'était pas satisfait de lui et qu'il devait appréhender toutes choses. Il lui révoqua aussi sa charge d'official, qu'il commit à M. Joly, et nomma en même temps M. Porcher, docteur de Sorbonne, pour être son vice-gérant. L'acte en fut affiché par les carrefours.

On ne fut pas tout à fait surpris de cette révocation de M. Tofficial, parce que, dès le 21 mai, on avait publié dans Paris une lettre écrite à M, le cardinal de Retz par plusieurs ecclésiastiques considérables de son diocèse, par laquelle on lui représentait toutes les infidélités de ce prévaricateur de ses droits Dans cette lettre, qui devint publique par l'impression, on pressait M. l'archevêque de Paris de faire en cette rencontre ce que plusieurs papes très célèbres avaient fait à leurs légats quand ils avaient été assez lâches pour trahir la cause de l'Église. On lui marquait particulièrement ce qu'avait fait le pape Félix à l'égard des évéques Vital et Misène, qu'il avait envoyés en quahté de ses légats à l'empereur Zenon, et qu'il se crut obligé de dégrader de l'ordre épiscopal et d'excommunier par l'avis d'un concile qu'il avait assemblé pour cet effet; et on n'avait point aussi oublié la justice que le pape Nicolas I avait exercée contre les évêques Rodoald etZacharie, qu'il avait envoyés légats à l'empereur Michel; et dans une autre occasion contre deux autres évêques du voisinage de Toul, parce qu'ils s'étaient laissé corrompre par les présents de Lothaire. La lettre de ces ecclésiastiques de Paris avait été comme un éclair que l'on aperçut sur la tête de M. Du Saussay, et le placard de sa révocation sur la fin du mois suivant fut le coup de foudre qui la suivit.

Ce fut dans cette conjoncture que M, Hallier, grand adorateur de ses propres intérêts, fit voir de quoi il était capable, et que son grand zèle pour Home n'était que le voile de son ambition. Car étant allé voir M. le nonce vers ce temps là, il le supplia de trouver bon qu'il ne l'allâtplus voir désormais que vers le soir, à cause des divisions qui s'étaient formées depuis peu entre Rome et la cour sur le

sujet de M. le cardinal de Retz. Mais M. le nonce, ne pouvant souffrir un ménagement si honteux de ce nouveau Nicodème, lui reprocha sa lâcheté et lui déclara qu'il ne pouvait plus le voir.

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