‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècleChapitre 68 sur 412 · LIVRE XIV · texte numérisé non relu

LIVRE XIV

presserait Sa Sainteté d'écouter ce que ces messieurs proposeraient» parce qu'autrement cela pourrait avoir de fâcheuses suites, lui représentant que par respect pour elle ils ne font rien imprimer. Qu'enfin il ferait tout son possible pour porter le pape à s'informer de cette affaire et à s'y appliquer. Il ajoutait que Son Éminence lui avait dit qu'il avait eu quelques jours auparavant un grand démêlé avec un jésuite sur ces affaires, et qu'entre autres choses il lui avait dit : « Vous autres faites de très grands scandales par vos discours trop piquants. Vous dites par toute la France : « La Sorbonne a condamné Arnauld d'hérésie, le pape le (( sait et il ne dit rien; il l'approuve donc. » Et moi je vous réponds que le pape n'est pas bien informé de ce qui se passe en France, et je suis assuré que lorsqu'il saura la vérité il apportera les remèdes nécessaires à ces inconvénients. Je vous dis que ces messieurs écrivent avec beaucoup plus d'humilité et de respect pour le Saint Siège. » Que ce jésuite voulant répondre avec ce zèle de jésuite qui tient de la fureur; Son Éminence ajouta : « Vous êtes d'étranges gens ; in Italia quidquid vultis vehfimenler vultis ; mais en France : violenter vultis. Vous voudriez que ces messieurs écrivissent à votre fantaisie de l'autorité du pape, et qu'ils donnassent occasion aux hérétiques de se moquer. Je vous dis encore qu'ils sont obéissants au Saint Siège et qu'ils feront ce que le pape voudra; mais non pas ce que vous voudriez. Donnez-vous seulement patience. Pour moi, je ne suis ni moliniste, ni janséniste, mais je dis la vérité, et ne me répliquez pas davantage, car on paye de sa réponse, et on répond au Saint Office, sur les choses que je vous dis. »

M. Brunetti mandait encore que ce cardinal lui avait recommandé de prier M. Arnauld et ses amis de ne rien imprimer pendant quelque temps, et de ne pas témoigner que lui et le Père Hilarion se mêlassent de leurs affaires, parce que les Jésuites les avaient déjà accusés auprès du pape comme jansénistes; que de plus Son Éminence lui avait dit que les Jésuites étaient comme les Espagnols qui disaient; Qui non est mecum, contra me est, mais qu'il ne s'en souciait guère et ne prêterait jamais l'oreille à leurs mensonges, et que quelque jour on connaîtrait la vérité. Qu'enfin il lui avait ordonné de mander à M. Arnauld que lorsqu'il parlait de la tradition,

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il ajoutât toujours les conciles et les Saints Pères, et que cela était important pour lever quelque difficulté.

Su;* la fin de cette lettre, M. Brunetti mandait que le Père Hilarion avait eu bien de la joie que M. Arnauld lui eût écrit, et que l'écrit sur la doctrine de saint Thomas lui plaisait extrêmement, qu'il avait néanmoins quelques difficultés sur l'article 11 et 12, et qu'il les lui communiquerait.

Le 8 mai, M. Brunetti mandait qu'il venait de recevoir les exemplaires de l'écrit de M. Arnauld, sur lesquels le Père Hilarion lui avait dit qu'il ne lui était pas opposé, et qu'au contraire il y avait trouvé tout ce qu'il avait dit dans l'écrit qu'il avait fait sur cette matière, et qu'il était encore entre les mains du cardinal Albizzi; que ce Père avait ajouté que toutes ces disputes s'étaient réduites à une question de nom; et que si M. Arnauld s'était expliqué dès le commencement comme il avait fait depuis, il n'aurait pas été persécuté comme il l'avait été, et comme il l'était encore ; et qu'enfin il fallait qu'il dît encore quelque chose de plus. M. Brunetti ajoutait que cela lui avait encore été confirmé par M. le cardinal Barberin, qui voudrait que le Père Hilarion fût satisfait sur trois choses qu'il saurait le lendemain. Que cependant il semblait que M. le cardinal Barberin s'affectionnait de plus en plus à M. Arnauld, jusque-là qu'il était venu à lui dire le matin même de ce jour 8 mai : « Voyezvous, M. Brunetti, il me semble que le Père Hilarion en demande trop, parce qu'il veut qu'on admette cette grâce suffisante, et M. Arnauld n'en veut point. C'est pourquoi je voudrais que nous fissions attention sur ce que ces paroles : La grâce, sans laquelle on ne peut agir, sont de saint Ghrysostôme, et ainsi les paroles n'étant pas de M. Arnauld, et l'explication qu'il leur donne étant très bonne, je ne vois pas pourquoi le Père Hilarion dit que c'est avec raison que la Faculté de théologie l'a condamnée, eu égafd aux divers sens, dont elle est susceptible. Mais ajoutait ce cardinal, il faudrait donc aussi condamner saint Ghrysostôme*. »

Par la même lettre, M. Brunetti mandait que depuis qu'il avait parlé si fortement au pape le lundi saint, Sa Sainteté

1. On lit en marge cette noté, de la tnaiû de la Mère Le Féron : « Il plaisait au Père Hilarion de dire cela. Car M. Arnauld avait toujours parlé et écrit avec la dernière cliarté. >» '- ^

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