LIVRE XIV
avait dit plus de mal des Jésuites aux Jésuites mêmes, qu'elle ne lui en avait dit des jansénistes, et qu'entre autres choses, il leur avait dit ces propres paroles : « Vous autres, voudriez chasser ces gens-là du sein de l'Église, et nous, nous voulons qu'ils y demeurent*. »
M. Brunetti mandait encore par une autre lettre du 22 de mai que M. le cardinal Barberin continuait d'étudier avec application, et lui témoignait un grand désir de rendre service à M. Arnauld. Qu'il lui avait dit que s'il voulait souscrire au sentiment de Médina* l'affaire serait finie, et que pour lors on ne penserait plus à autre chose qu'à écrire contre les Jésuites. Qu'il avait répondu à cela qu'il ne savait pas si M. Arnauld souscrirait aux sentiments de Médina; mais qu'il croyait qu'il embrasserait bien ceux d'Estius et de Sylvius.
Il reconnaissait de plus que dans ses lettres il disait tantôt blanc et tantôt noir de l'abbé Hilarion; mais qu'il faisait seulement une relation qui pût servir à former quelque jugement. Qu'il lui paraissait n'aimer pas les Jésuites, mais aimer beaucoup ses propres sentiments, et souhaiter beaucoup que l'on crût qu'il est cause de l'accommodement pour arriver à ses fins. Que si ses sentiments étaient bons, il y aurait un avantage à s'y rendre, parce qu'il était fort estimé, et que M. le cardinal Barberin l'estimait beaucoup et l'affectionnait'.
Le 12 de juin, le même M. Brunetti mandait que la réfutation du Père Nicolaï avait tellement plu à M. le cardinal Barberin qu'il lui avait dit ces paroles : « Il n'est plus nécessaire que M. Arnauld se donne la peine d'écrire pour éclaircir ses sentiments; car s'il approuve cet écrit, nous en avons assez pour les savoir. » Qu'il l'avait chargé de faire réduire en peu de mots les sentiments de M. Arnauld afin d'en parler au pape le mercredi suivant, ayant dessein
1. Quelques lignes sur le P. Hilarion et sur le cardinal Barberin ont été barrées en cet endroit au ms.
2. II y a plusieurs théologiens espagnols de ce nom; les deux plus connus sont Michel Médina, franciscain, mort vers 1580, auteur d'un traité sur la fol, et Barthélémy Médina, dominicain, mort vers 1581, qui fut accusé, peut-être à tort, d'avoir enseigné le probabilisme dont les casuistes ont fait si grand usage au xvu* siècle.