CHAPITRE IV
Délibération de l'Assemblée sur les lettres que M. le cardinal de Retz lui avait adressées. On conclut de les envoyer au roi toutes cachetées. Distribution de ces lettres.
Le vendredi 7"'^ jour de juillet, les promoteurs de l'Assemblée dirent que le matin on leur avait envoyé à chacun d'eux un paquet adressé à l'Assemblée et une lettre particulière du nommé abbé de Saint-Jean, par laquelle il leur faisait savoir que M. le cardinal de Retz lui ayant commandé de présenter à l'Assemblée une lettre de sa part, et de l'assurer qu'elle était toute ecclésiastique et dans tous les sentiments de respect dus au roi, et n'ayant pu satisfaire aux ordres de ce cardinal, il leur envoyait cette lettre. Les deux paquets furent mis en même temps sur le bureau.
M. de Narbonne, qui présidait à l'Assemblée, dit sur cela que par les lettres que ce même abbé de Saint-Jean avait écrites à plusieurs de l'Assemblée il leur mandait qu'outre les deux originaux de lettres envoyées à MM. les promoteurs, il lui en avait envoyé une troisième ; qu'il ne l'avait pas néanmoins reçue, et que c'était un artifice de cet abbé pour persuader à la compagnie qu'il la veut celer.
La résolution de la compagnie fut d'envoyer au roi ces lettres fermées, et pour cet effet de les mettre entre les mains des commissaires qui devaient partir le lendemain pour aller en cour, lesquels, en présentant ces lettres au roi, supplieraient Sa Majesté d'avoir une entière confiance en l'Assemblée, et de trouver bon que celles qui lui seraient adressées à l'avenir y fussent ouvertes et lues sans les lui envoyer. C'était une grande et aveugle déférence pour l'excommunication politique fulminée par la cour contre un archevêque persécuté, et un grand mépris des saints canons, qui ordonnent aux évêques de s'entr'aider pour la conservation des droits et de l'autorité de l'Église dans le temps de leur persécution. Mais il n'en fallait pas attendre [davantage] de ces prélats que l'intérêt et l'espérance rendaient timides, et tout l'effort de leur plus grande générosité se réduisit à ordonner que les commissaires rendraient office de la part de la compagnie vers le roi, pour la liberté de M. Chevalier.
102 MÉMOIRES DE GODEFROl HERMANT
Mais quoique la plupart d'entre eux fussent gagnés pour étoufFer la voix du cardinal de Retz, leur confrère, ils ne purent empêcher que la lettre qu'il leur avait écrite de Rome le 8 mai précédent et qu'ils n'avaient pas voulu ouvrir ne se distribuât dans le monde. Elle était adressée à MM. les cardinaux, archevêques, évéques et autres députés de l'Assemblée générale du clergé de France*,
Cette lettre, qui était assez touchante, ne produisit nul effet dans l'esprit ni dans le cœur de la plupart des prélats et des députés de l'Assemblée ; ils regardèrent M. le cardinal de Retz comme un homme terrassé qui ne se relèverait jamais de sa ruine, et consultèrent plutôt sur son sujet la disposition de la cour de 'Rome et de celle de France que l'autorité des anciens canons, l'honneur de leur caractère el la sûreté de leurs personnes.