CHAPITRE VI
Le procès-verbal de l'Assemblée générale du clergé de France a omis une chose considérable qui s'y passa le lundi 17 juillet, et il est juste de suppléer comme nous pourrons à ce silence mystérieux.
Ce jour-là, M. l'archevêque de Narbonne se trouva de fort bonne heure à l'Assemblée, et d'abord qu'il y fut entré, quoiqu'il y eût très peu d'évêques et d'ecclésiastiques du second ordre, il fit lecture d'une lettre que MM. les députés lui avaient écrite de la cour sur le sujet de leur députation vers Sa Majesté. Cette lettre portait qu'ils avaient demandé au nom de toute l'Assemblée la délivrance de M. Chevalier, grand vicaire de M. le cardinal de Retz, et qu'ils avaient déclaré au même nom que l'Assemblée était toute disposée à écrire au pape pour lui demander qu'il voulût faire nommer à M. le cardinal de Retz un grand vicaire qui fût agréable à Sa Majesté, et que cependant M. Chevalier s'abstiendrait de faire aucune fonction dans le diocèse.
M. l'archevêque de Sens, qui découvrait le but où tendait ce président pour faire passer une affaire de cette importance avant que tous les députés de l'Assemblée fussent venus, l'interrompit adroitement pour faire lui-même le
in-extenso, au style direct cette fois, le serment de fldélilé de Rfitz <laté du l" mai.
Il est imprimé : un placard et 4 pages iu-4°.
1. Ce chapitre n'ayant pas de sommaire on pourrait proposer le suivant :
Suite de la relation de ce qui se passa à l'Assemblée générale du clergé; quelques-uns dé ses membres sont députés à la cour.
rapport d'une autre affaire dont on avait déjà parlé, de sorte que s'étant rendu maître de la parole et ayant entrepris un discours fort long, M. de Narbonne lui dit qu'il ne devait pas l'empêcher de parler et de continuer le rapport d'une affaire très importante à l'Assemblée. M. de Sens lui repartit qu'il parlait d'une affaire qui était déjà commencée et qu'il fallait continuer. Cependant les évêques qui étaient d'intelligence avec M. de Narbonne, el qui étaient venus de bonne heure pour favoriser son rapport et faire réussir son affaire selon les incHnationsde la cour, voulurent empêcher M. de Sens de parler, et ainsi la contestation s'étant formée, il se passa beaucoup de temps pendant lequel tous les autres députés, tant du premier que du second ordre, se rendirent à l'Assemblée,
M. de Sens, les voyant tous arrivés, donna toute liberté à M. de Narbonne de faire le rapport qu'il avait déjà commencé. Après que la lettre écrite par MM. les commissaires députés vers Sa Majesté eut été lue tout entière^ plusieurs de l'assemblée s'élevèrent pour se plaindre de ce qu'elle contenait, et accusèrent les députés d'avoir passé au delà de leur commission ; les autres soutinrent le contraire et demandèrent que le procès-verbal fût relu, et comme il se trouvait conforme à ce que les commissaires avaient exécuté en cour, ceux qui s'étaient élevés contre la lettre accusèrent le procès-verbal de fausseté, soutenant que la résolution de l'Assemblée était tout à fait contraire à ce qu'ils venaient d'entendre relire; se plaignant d'une si prodigieuse corruption, et d'une si dangereuse conséquence. Ainsi celte délibération ne produisit que beaucoup de bruit et de tumulte.
Ces députés étaient MM. les évêques de Montauban et de Vannes, et MM. les abbés de Couvron, Duchêne et de Hoquépine, nouvel agent. A leur retour de La Fère, M. de Montauban faisant son rapport dit que le 12 juillet, ayant été introduits par M. de Saintot, maître des cérémonies, conduits par la salle des Gardes par M. le marquis deGesvres*, capitaine des gardes du corps, et reçus par M. Du Plessis de Guénégaud, secrétaire des commandements, ils avaient
1. Ce marquis de Gesvres appartenait à la nombreuse famille des Potier qui donna, sous le nom de Blancmesuil, de Noviou, de Tresmes, un assez grand nombre d'évêques, de magistrats et de militaires.