‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècleChapitre 83 sur 412 · LIVRE XV · texte numérisé non relu

LIVRE XV

été introduits de l'antichambre dans la chambre de la reine où le roi les attendait avec elle, assisté de Monsieur, de Son Éminence, de Ms'"^ les évêques de Rennes et de Rodez, de MM. les maréchaux de Villeroy et Du Plessis, et de MM. les quatre secrétaires d'état; que M. de Montauban avait commencé par les plaintes des attentats des huguenots de sa ville en la manière que nous les avons rapportés ci-dessus, et dont il avait demandé la réparation. Qu'ayant achevé de parler de celte affaire principale, il avait dit au roi qu'il avait ordre de présenter à Sa Majesté deux paquets de Ms^ le cardinal de Retz, qui avaient été donnés à MM. les promoteurs et portés à leurs maisons par des personnes inconnues, avec une lettre d'adresse de M. Lavocat, chanoine de Notre-Dame, qui prenait la qualité de vicaire général de ce cardinal archevêque de Paris, et disait dans la même lettre qu'il avait charge de ce prélat d'adresser ces paquets à MM. les promoteurs et à Ms'' l'archevêque de Narbonne, et de prier l'Assemblée de vouloir intercéder envers Sa Majesté pour la liberté de M. Chevalier, aussi chanoine de Notre- Dame, qu'il qualifie aussi de vicaire général de M. le cardinal de Retz, lequel sieur Chevalier avait été mis à la Bastille depuis peu de jours, par ordre de M. le chancelier. Que l'Assemblée, par respect de Sa Majesté, n'avait pas voulu ouvrir ces paquets quoiqu'elle fût persuadée qu'en nulle occasion elle ne pouvait rompre la communion et le commerce ecclésiastique avec un prélat qui n'était ni excommunié, ni déposé ; et que M&'' le cardinal de Retz n'était ni l'un ni l'autre, puisqu'on ne lui avait pas même encore commencé son procès parles formes ecclésiastiques. Que ce respect rendu par l'Assemblée à Sa Majesté la devait obliger de prendre confiance en elle pour l'ouverture des paquets qui pourraient à l'avenir lui être présentés de la part de ce cardinal ; que la fidélité de ceux qui composaient l'Assemblée la mettant hors de tout soupçon, assurait le roi qu'elle saurait bien faire le discernement sur les choses qui étaient dans les lettres de M. le cardinal de Retz, lesquelles, quoiqu'elles pussent contenir de criminel, pouvaient bien être vues par des personnes incapables d'être corrompues; et que comme les évêques pouvaient lire toutes sortes de livres défendus parce qu'ils étaient juges des hérétiques, leur foi et leur caractère les mettant hors de toute

atteinte de soupçon; qu'ainsi leur fidélité, éprouvée en tant d'occasions, et le grand intérêt qu'ils ont à l'honneur du roi et à la sûreté de l'État faisaient que Sa Majesté se pouvait reposer sur eux pour tout ce qui se pourrait trouver dans ces lettres de contraire à son service : que le sieur Chevalier ayant été arrêté à cause, disait-on, qu'il prenait la qualité et voulait faire les fonctions de grand vicaire de M. le cardinal de Retz, l'Assemblée se trouvait obligée de remontrer au roi que le procédé de M. le chancelier à l'égard de cet ecclésiastique était contre la liberté que lesévêques avaient toujours eue de choisir tels grands vicaires qu'ils jugeraient propres àgouverner leurs diocèses; que si néanmoins le sieur Chevalier était coupable, l'Assemblée priait Sa Majesté de lui faire faire son procès dans les formes ecclésiastiques, et s'il n'y avait point d'autres charges contre lui que celle d'avoir pris qualité et d'avoir voulu faire les fonctions de grand vicaire, TAssemblée était obligée de remontrer an roi qu'il ne le pouvait tenir en prison pour cela; qu'ainsi espérait-elle de la bonté et de la justice de Sa Majesté qu'elle ordonnerait qu'il serait élargi, comme l'Assemblée l'en priait' très humblement; qu'ensuite M. de Montauban avait remis ses paquets entre les mains du roi; et que Sa Majesté, après les avoir pris et baillés à M, Du Plessis, avait dit qu'elle avait entendu avec douleur ce qui s'était passé à Montauban, qu'elle en ferait châtier les auteurs; et que pour ce qui regardait M. le cardinal de Retz et la liberté demandée par le sieur Chevalier, Sa Majesté, après en avoir communiqué à son conseil, leur ferait réponse.

Que le lendemain 13 juillet, Messeigneurs les députés avaient écrit à l'Assemblée pour lui rendre compte de leur audience, et que le même jour, étant à dîner chez M. Du Plessis, M. le cardinal les avait envoyé prier de se trouver chez lui sur les trois heures pour conférer avec eux comme président de l'Assemblée, et non pas comme ministre du roi; que dans cette conférence, qui avait duré depuis quatre heures jusqu'à sept heures du soir, et dont ils avaient déjà fait une longue mention par leur lettre du 14, Son Eminence leur avait dit qu'il lui semblait que les points

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