‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècleChapitre 89 sur 412 · LIVRE XV · texte numérisé non relu

LIVRE XV

prêcher dans la chaire de Téglise cathédrale qu'il n'ait signé la constitution de N. S, P. le pape Innocent X^ d'heureuse mémoire, du 31 mai 1653 et son bref du 24 septembre 1654; Messieurs faisant droit ont conclu, statué et ordonné que tous bénéficiers et autres dépendants du chapitre feront serment solennel en la manière accoutumée de garder et observer la constitution de N. S. P. le pape Innocent X, du 31 mai 1653, par laquelle la doctrine de Cornélius Jansenius, contenue dans les cinq propositions de son livre intitulé Augustinus Cornelii Jansenii, episcopi Iprensis, est condamnée, ainsi que nosseigneurs les prélats de France ont déclaré en leur assemblée tenue à Paris le 28 mars 1654, et que S. S. a confirmé par son bref de la même année, si au bout de huit jours pour les présents en la ville, et dans le mois pour les absents, ils n'ont satisfait à la présente ordonnance et fait le serment qui suit :

« Nous soussignés jurons et promettons devant Dieu que nous rejetons et condamnons les cinq propositions que Notre Saint Père le pape Innocent X, d'heureuse mémoire, a condamnées par sa constitution du 31 mai 1653, dans lesquelles propositions Sa Sainteté a condamné la doctrine de Cornélius Jansenius, qui est contenue dans son livre intitulé Augustinus^ ainsi que nosseigneurs les prélats de France l'ont déclaré en leur assemblée tenue à Paris le 28 mars 1654, et Sa Sainteté même l'a confirmé par son bref du 19 septembre de la même année. En foi de quoi nous avons signé notre susdite protestation.

c( A l'égard de M. de "Beauvais, Messieurs ont député MM. le doyen, Tiersonnier, aux Cousteaux, Le lloi,Burel, à l'effet de la supplication ci-dessus. Et à l'effet de la protestation ci-dessus, les chanoines seront mandés en chapitre'. »

Voilà l'origine de cette grande et fameuse affaire qui avait été projetée par un esprit de cabale, conduite par artifice et exécutée avec fausseté et violence. L'animosité du doyen l'avait conçue à Paris, et elle y était résolue entre les principaux Jésuites et les chefs du parti de Molina avant que d'être proposée dans le chapitre de Beauvais. Une con-

1. Le bref est indiqué daus cette pièce à Irois dates ditféreotes, 19, 24, 29 septembre.

sultation informe, dressée en un instant par le sieur Montholon et non signée, prit le nom de statut ', dans le dessein de rendre inutiles à PÉglise plusieurs vertueux ecclésiastiques qui ne déshonoraient pas leur ministère. On couvrit l'injustice de cette entreprise du prétexte de quelques prédicateurs suspects du prétendu jansénisme, ce qui était une pure calomnie, à moins qu'on ne prit pour jansénisme la pureté de la morale chrétienne que les prédicateurs des Avents et des Carêmes (au nombre desquels M. Hermant avait été deux ans auparavant) avaient enseignée au peuple avec édification.

Ce fut ce que M. de Beauvais fit avouer le jour même à ces députés qui Tétaient allés trouver pour l'exécution de cet article de leur prétendu statut, et il leur fît reconnaître qu'ils n'avaient aucune occasion de se plaindre de la doctrine des prédicateurs qu'il leur avait nommés, et que sa résolution était de ne leur en nommer jamais aucun qui ne fussent irréprochables dans leurs sentiments.

L'aveuglement de M. Chaillou et de ses complices fut si grand en cette rencontre que parmi les chanoines qu'ils députèrent vers M. l'évêque de Beauvais pour lui faire cette remontrance, ils nommèrent M. Burel qui non seulement ne se mettait guère en peine de prédicateurs et de sermons * ; mais qui avait été deux fois in reatu pour sa conduite scandaleuse, et contre lequel ils avaient obtenu peu d'années auparavant une sentence en la cour spirituelle de Reims confirmée par arrêt du Parlement de Paris, auquel ce chanoine avait appelé comme d'abus.

Ainsi tout le contenu dans l'acte de ce prétendu statut était rempli de fausseté, et M. Guillaume Cardinal, officiai de Beauvais et chanoine delà même église, en ayant dressé depuis son procès-verbal, justifia que ce 20"'' jour de juillet il ne fut lu que la seule consultation informe de M. de Montholon, et que M. Chaillou, doyen,' dit aussitôt après cette lecture à M. Antoine Le Tailleur, aussi chanoine et promoteur du chapitre, qu'il eût à prendre ses conclusions; que sur cela ce promoteur ayant dit seulement que le contenu en l'avis du sieur de Montholon fût suivi et exécuté,

1. Ms. : Une consultation informe, dressée par le sieur Montholon et non signée, pi'it en un instant le nom de statut.

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