‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècleChapitre 91 sur 412 · CHAPITRE VllI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VllI

Opposition de quelques chanoines de Beauvais au statut pour la signature du bref d'Innocent X. Ils appellent comme d'abus et obtiennent un arrêt du Parlement.

Le lendemain 21 juillet, M, Tristan, nouvellement revenu du petit voyage dont la compagnie l'avait chargé, après s'être plaint modestement de cette aftectation de son absence pour traiter sans sa 'participation d'ane affaire de cette nature, fit remarquer d'abord une insigne fausseté dans les actes qui se relurent au commencement de l'assemblée capitulaire de ce jour-là. M. Hermant, qui n'y était pas non plus que lui le jour précédent, parce que l'amour de la paix le portait en ce temps-là à s'absenter le plus souvent du chapitre, ayant demandé acte de plusieurs remontrances et interpellations qu'il faisait à la compagnie, on l'obligea de laisser sa demande par écrit, ce qu'il fit à l'heure même, l'ayant dressée sur le bureau du chapitre. Mais au lieu d'en délibérer comme ils y étaient obligés, et selon les règles de la justice, et par l'engagement de leurs promesses, ils supprimèrent tellement son écrit qu'il ne lui fut pas même représenté lorsqu'il les y contraignit quelque temps après en vertu d'un compulsoire.

M. Guillaume Cardinal, chanoine et officiai de Beauvais, ayant sommé le chapitre par un notaire d'avoir égard aux remontrances qu'il lui faisait qu'une affaire de cette importance ne devait pas être conclue avec tant de précipitation, quelque instance qu'il en fit, on ne voulut lui accorder aucun acte de sa demande.

lis MÉMOIRES DE GODEFROI HERMANT

Dans cette pressante extrémité, pour empêcher le scandale que les simples auraient pu prendre de ce différend, M. Tristan fit de bouche et laissa par écrit sur le bureau la protestation qui suit :

« Sur la proposition faite au chapitre touchant la constitution du feu pape Innocent X, d'heureuse mémoire, du 31 mai, et de son bref du 29 septembre 1654 ; le soussigné a dit qu'au jour de sa réception dans la compagnie, il a fait au milieu du chapitre la profession de foi qui s'y fait ordinairement et qui est celle du saint concile de Trente ; qu'il n'y a point de nécessité d'exiger de lui ni d'aucun autre chanoine de nouvelle déclaration sur ce sujet, ni de l'obliger à la signer, puisque d'une part, l'Eglise a toujours trouvé dangereux de demander de temps en temps aux catholiques de nouvelles professions de foi, et que de l'autre on ne signe pas dans le chapitre celle même de ce saint concile ; la seule protestation que l'on en fait de vive voix étant estimée très suffisante. Qu'il a reçu avec tout respect la constitution du feu Pape Innocent X touchant les cinq propositions sur la matière de la grâce ; que cette constitution est reçue universellement dans ce diocèse ; qu'ayant été lue et publiée dans le chœur de l'église selon qu'il avait été résolu dans le chapitre, il a assisté personnellement à cette publication; qu'après cela il n'y a pas de raison de l'obliger à rien faire de nouveau sur cette affaire, quia été entièrement consommée à son égard par sa parfaite soumission ; qu'il n'a rien fait ni rien dit, ni en particulier, ni en public, au préjudice de cette constitution, et que s'il y avait contrevenu, il y aurait lieu de procéder contre lui par voie d'information plutôt que de signature ; que néanmoins, afin d'ôter tout prétexte à ceux qui pourraient concevoir le moindre soupçon de l'intégrité de sa foi, et qu'il est obligé de se conserver inviolablement dans l'estime de ses confrères et des peuples en qualité de prêtre de J.-C, il déclare qu'il reçoit de nouveau cette constitution, et qu'il condamne très sincèrement et sans aucune équivoque les cinq propositions qu'elle condamne ; qu'il reconnaît l'autorité du Saint-Siège selon les lois de l'Église et l'usage de ce royaume très chrétien; et qu'avec la grâce de Dieu, il espère vivre et mourir dans cette soumission légitime comme enfant d'obéissance; qu'à l'égard du bref, il ne lui parait pas qu'il en a été fait

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