LIVRE XV
à la compagnie aucun envoi, ni adresse, ni ordonnance légitime et selon les formes nécessaires pour sa publication, et encore moins rien qui oblige de le signer; qu'il somme et interpelle celui qui a fait la dite proposition au chapitre et tout autre de montrer en vertu de quoi ils pourraient prétendre l'obliger à la souscription de ce bref; que n'étant point de l'ordre et de la règle de l'Église et du royaume, et non pas même de ce bref, d'être reçu des particuliers par voie de souscription, il ne peut consentir à une procédure si extraordinaire et si inouïe, et qui jusqu'ici ne paraît pas avoir d'exemple dans aucun chapitre. Après quoi il déclare qu'il appelle tanquam a futuro gravamine de tout ce qui pourrait être ordonné dans la compagnie au préjudice de cette présente déclaration, et en outre, comme d'abus de tout ce qui peut avoir été fait au contraire, ou se fera à l'avenir.
De plus le soussigné a demandé une autre copie de l'avis du conseil des pièces sur lesquelles on prétend avoir pris cet avis et de l'aveu de le prendre, et somme de temps avant que de délibérer en adhérant aux déclarations, protestations et appellations ci-dessus, et en demande acte, et de ce qu'on a pris le temps de sou absence pour parler de cette afiaire, ayant été député pour aller hors de la ville pour les affaires du chapitre. Fait le jour et an que dessus. Signé : Claude Tristan. »
Dans le même instant, M. Hermant, avec lequel il avait concerté cette protestation, écrivit au-dessous : « Je fais les mêmesprotestations, oppositions et appellations que dessus. Signé : Godefroy Hermant.» Sur quoi un notaire étant entré dans le chapitre leur donna acte de cette protestation sur le refus que le chapitre leur en faisait. A ces deux chanoines opposants se joignirent quatre autres chanoines de leurs couirères, savoir : MM. Lévéque*, sous -chantre et vicaire général de M. de Beauvais, Flouret, de Creil, docleur en théologie de la maison de Navarre, Foy, bachelier en théologie, et firent signifier par un sergent leurs oppositions et appellations.
Cependant M. Chaillou fit continuer le chapitre général,
1. Nicolas Lévêque, chanoiae et vicaire-général de Beauvais, fut principal du collège de Beauvais, puis directeur du grand séminaire qu'il gouverna vingt-huit ans. 11 mourut en 1676.
et ses complices se conduisirent dans cette afFaire avec tant d'inconsidération et de chaleur, qu'ayant fondé leur prétendu statut sur le bref de Notre Saint Père le pape, ils ne se mirent point en peine de l'insérer dans leurs registres capitulaires, et se contentèrent de faire signer leur statut par tous les chanoines, chapelains, chantres à leurs gages, enfants de chœur, sergents^ marguilliers et autres personnes de leur dépendance, dont quelques-uns étaient mariés.
Il y eut néanmoins un ancien enfant de chœur assez généreux pour mépriser leur statut, dont l'injustice était toute visible. Ayant achevé ses études dans le collège, il en vint remercier la compagnie, et sans signer le statut ni se mettre en peine de la continuation de leurs libéralités, il entra dans le séminaire où il fut fait prêtre quelques années après ; et depuis ce temps-là, il est mort curé de l'une des paroisses de la campagne ayant vécu avec édification et piété.
Le 28 du même mois de juillet, M. Flouret étant allé voir M. Chaillou, son doyen, dans le dessein de se faire instruire de l'affaire dont il s'agissait, et pour en apprendre de lui la substance et les motifs, il le trouva dans la maison canoniale de M. Le Roy, son hôte, avpc cinq ou six chanoines des plus échauffés de sa faction, qui travaillaient avec M. Gilles Convers, leur greffier, à la réformation de leurs actes, pour se garantir des sommations et protestations de MM. Tristan et Hermant; et ils avaient sur une table les registres capitulaires, qui ne doivent jamais être abandonnés à la discrétion des particuliers, surtout quand on voit naître des divisions de cette nature dans la compagnie. Aussi ils gênèrent tellement la conscience de leur greffier et lui firent souffrir des convulsions si violentes dans le temps de ce statut et dans la suite de ces contestations, que ce prêtre, qui était bon homme, a souvent été trouvé soupirant, gémissant et trépignant dans le cloître, par la considération des peines qu'il ressentait, étant obligé d'agir contre sa propre conscience pour accabler des personnes dont il connaissait le mérite.
Ces chanoines opprimés et appelants comme d'abus, cherchèrent dans la justice de la cour du Parlement de Paris la protection qu'tts s'en promettaient contre la violence de leurs confrères. M. Joly, substitut de M. le procu-