‹ Mémoires sur l'impératrice Joséphine (volume 2)Chapitre 1 sur 65 · Mémoires sur l'impératrice Joséphine · texte numérisé non relu

Mémoires sur l'impératrice Joséphine

liétractation de quelques erreurs relatives aux délails donnés sui la mort de S. M. l'impératrice Joséphine. — Note communiquée. — MM. Horeau, Bourdois , Lasserre et Béclard. — Conduite inconvenante de M. de IM... à la Malmaison.

Voulant tenir la promesse que j'ai faite au public , de dire avec une scrupuleuse exactitude tout ce qui a rapport à l'impératrice Joséphine, je m'empresse (îe transcrire une note qui vient de m' être adressée par une personne

n MEMOIRES

qui, attachée à Sa Majesté , ne l'a pas quiltée un instant pendant ses derniers nioniens. Plusieurs des détails qui nie parviennent sont en opposition avec ceux que j'avais recueillis précédemment. La source où je puise aujourd'hui est trop pure , pour qu'il soit possible de douter de la sincérité des faits que je vais rétablir tels qu'ils me sont conununiqués.

«La santé de l'Impératrice s'altérait depuis 5) long- temps. Les chagrins qu'elle ressentait » desévénemens qui se succédaient, en étaient » la cause évidente.

» En revenant de Saint-Leu , elle prit en ef- » fet une légère dose d'ipécacuanha , et n'eut » besoin d'aucune purgation.

» Le 25 , M. Horeuu , qui avait toujours un » apj)artement à la Malmaison , ne s'en absenta » que deux heures pendant le dîner que Sa Ma- « jesté donnait aux princes de Prusse , et cette » absence avait pour objet de convenir avec « MM. BourdoisetLaserre, médccinsdela reine » Hortense, d'une consultation à laquelle le » vice-roi avait consenti pour le lendemain. » De retour à la Malmaison , avant que l'Im- « pératrice ne fîit forcée , par le malaise qui

■» aiiginentalt, à quitter le salon , la présence » (le M. Horeaii dispensa 4'avoir recours au » médecin de Rueil , auquel par conséquent •>■> M. Horeau n'eut point à reprocher son hési- » tation.

» Le lendemain 26 , la consultation arrêtée la » veille eut lieu entre M \î. Horeau, Bourdois et « Laserre; on convint du traitement à suivre, » et de se réunir les jours suivans à dix heures » du matin. M. Laserre partagea même pen- » dant les deux derniers jours, avec M. Horeau, » les soins et les veilles que demandait l'état de » la malade.

» L'Impératrice ne fut point exposée sur un « lit de parade dans la pièce qui précède la » chamhre à coucher, et personne n"a pu la )) voir avec un voile sur le visage. Cetle cîrn constance a sans doute été inventée pour ap- » puyer des bruits absurdes qui furent répan- » dus à cette époque. Sa Majesté fut embau- » mée deux jours après sa mort par M. Béclard M en présence de M. Horeau; placée ensuite » dans un cercueil de plomb, renfermé dans » un étui d'acajou , portant une plaque d'ar- ■>■) gent doré , destinée à recevoir une Inscrip-

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» lion, qui exerça long-temps l'espril des cour- » tisans. Mais on pouvait s'y attendre : ces » Messieurs décidèrent , à l'unanimité , que » les circonstances, la prudence, etc., etc., » voulaient qu'on ne mît aucune inscription ; 3) la plaque resta toute unie !

M Le catafalque sur leciuel le corps fut ex- » posé jusqu'au moment de l'inhumation, était » placé dans le grand vestibule du palais.

» L'Impératrice ne fut point inhumée dans « le cimetière , mais bien dans l'église de Puieii , » à l'endroit même ou le monument a été » élevé dernièrement. On eut beaucoup de M peine à obtenir la jiermission de l'autorité de » faire l'inhumation dans l'intérieur de l'église ; » elle fut cependant accordée . après beaucoup )) de pourparlers. »

J'ai cru devoir, d'après des informations positives , et dont je puis maintenant garantir l'exactitude comme si j'eusse été présente , rétablir ainsi l'exposé de ce qui s'est passé dans les journées du 26 et du 26. Connaissant l'affection profonde et l'entier dévouement que M. Horeau portail à l'impératrice , qui , depuis dix ans , l'honorait d'une entière con-

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fiance, je n'ai jaiuais pu croire à un uistanl de négligence, que je savais aussi éloignée de son coeur que de son noble caractère. Je regrette de n'avoir pu apprendre plutôt l'exacte vérité.

Eloignée de la Malmaison à l'époque fatale de la mort de Sa Majesté , je m'en suis rapportée à ce que m'a dit une amie , livrée à une douleur vive , qui Fa sans doute empêchée de voiries choses de sang-froid, et qui lui aura fait accueillir tout ce qui pouvait accroître ses regrets. Les bruils aussi atroces que ridicules qui circulèrent alors , comme dans chaque occasion semblable , n'auront point été repoussés par cette amie, et elle a rendu compte de ce qu'elle supposait, plus que de ce qu'elle a vu. Au reste, il n'est jamais trop tard pour avouer que l'on s'est trompé ; madame ^*'*' en conviendra sans doute en lisant ce que je viens d'écrire.

L'Impératrice , peu de temps avant de tomber malade , parlait de se retirer en Suisse, dans une terre qu'elle y avait acquise. Elle demanda à M. Horeau s'il voudrait l'y suivre. Sans hésiter il consentit à quitter sou pays , pour ne pas abandonner sa souveraine , déjà

délaissée par plusieurs de ses plus fidèles serviteurs , courant faire leur cour aux Tuileries , à Sa Majesté Louis XVIII , qui , avec son esprit et sa bonté si connus , consentait à tout oubiier. Plus tard iï eut tout à pardonner , et ce fut avec une sincérité dont la postérité perpétuera le souvenir.

M. de M.... arriva à la Malmaison le jour de l'entrée du roi à Paris; exerçant une place importante dans la maison de l'Impératrice , il en portait , connue de raison , l'uniforme ; l'Impératrice s'approcha de lui sitôt qu'elle le vit , pour lui demander des nouvelles ; elle aperçut à sa boutonnière , à coté de sa croix de la Légion -d'Honneur , un grand ruban blanc. — Quel est ce nouvel ordre , Monsieur ? dit-elle en regardant fixemeut M. de

M — Madame , ce n'est point un ordre ,

c'est un signe de ralliement , que beaucoup de gens portent à Paris; j'ai cru devoir le prendre aussi. — Vous conviendrez , dit S. M. , qu'il ne s'accorde pas avec votre habit , Monsieur. En achevant ces mots elle s'éloigna avec humeur, et ne lui parla plus de la journée.

Cette anecdote est parfaitement vraie , ei

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peut être attestée par tous ceux qui se trouvaient à la Malmaison dans ce moment.

Il fallait compter beaucoup sur la bonté de i'Im pératrice , pour oser lui témoigner si promptement les nouveaux sentimens que l'on adoptait. De pareils caméléons méritent le mépris ; mais leurs familles exigent que l'on ne nonuue pas les personnes qui se conduisent ainsi ! Le respect pour le malheur sera constamment le premier devoir d'une âme généreuse ; braver une puissance déchue sera toujours une action vile. Ne servez pas ceux que vous n'aimez pas , mais ne prenez pas , pour abandonner un emploi considérable , le moment où il y aurait peut-être quelque danger à l'exercer.

Les Bourbons se sont entourés des hommes qui ont servi Napoléon ; nos excellens princes ont approuvé les regrets témoignés à l'époque de la mort d'un bienfaiteur ; ils eussent hautement blâmé des traits comme celui cpie

je viens de citer. Peu après, M. de M , qui

s'en était rendu coupable , occupait une préfecture!... Heureusement pour lui on ignora sans doute de quelle ingratitude il avait payé

les bontés d'une femme aimée , même des délr acteurs de son époux.

Les lettres que l'on va lire intéresseront sans doute , par les détails plquans que donne Josépliine sur des faits relaliTs à son premier mari, le vicomte Alexandre de Beauliarnais, dont le noble caractère fut honoré de ses ennemis , autant que ses douces qualités furent chéries de ses nombreux amiji. Cette correspondance , antérieure à l'époque à laquelle j'ai connu l'Impératrice, n'étant nullement dans le cadre du sujet que j'avais choisi, j'ai cru devoir les isoler entièrement; mais j'ai pensé que je pouvais y ajouter des incidens peu connus sur les personnages dont il est question, et quelques réflexions suggérées par les événemens , racontés avec tant de charme , de chaleur , de sensibilité par l'Impératrice. J'ai pris toutes les informations imaginables pour ne rien dire que de vrai; et j'ai supprimé clans ces lettres plusieurs choses pouvant compromettre l'honneur de différens acteurs de ce drame terrible que la mort a épar^és.

Une moquerie peut m'échapper, mais du moins je n'as pas calomnié des gens estimables,

SLR JOSE PUINE. ()

ni aiigiiienté les remords des coupables, en dévoilant les forfaits ignorés ; leur conscience est là pour les punir , et le supplice d'un reproche continuel m'a paru assez cruel pour les y laisser livrés sans l'aggraver encore. J'ai dit du bien de plusieurs personnes, qui m'ont l'ait du mal , parce qu'elles le méritaient réellement. Un tort qui m'était personnel, n'ôtait rien à leurs qualités; j'ai donc dû les rendre publiques. Je ne me suis vengée que par l'éloge de ceux don-t j'avais à me plaindre, et bien rarement des plus mauvais procédés , en donnant un ridicule reconnu; certes, c'est être fort modérée , dans un temps où chaque jour on voit naître des ouvrages contenant des faits injurieux entièrement dénués de fondement , et avancés avec une imperturbable assurance. On les contredit sans doute, mais le premier effet reste, et lorsque la réclamation arrive , il est trop tard ; le coup est porté. Il faut craindre d'accuser légèrement sur des choses graves , puiscpie l'on peut troubler toute une existence par un mot inconsidéré ; heureusement je n'ai rien de ce genre à me reprocher. Les mémoires écrits pai' une femme . sont

«l'ailleurs si j)eii iinpoitans qu'on les lit sans y chercher des documens d'histoire , on ne désire y trouver que des anecdotes amusantes , des portraits resseniblans, beaucoup de noms propres, et la peinture de la société. Si nous sommes assez heureuses pour réussir en partie dans le petit genre qu'il nous est permis d'aborder, nous devons être satisiaites, et ne point envier la gloire plus grande, plus durable des hommes. N'est-elle pas trop achetée par la nécessité où ils se trouvent de peindre des scènes sanglantes , de révéler des crimes atroces, et de déchirer souvent le voile qui couvre l'horrible peinture de tous les vices ?

Une femme, destinée a consoler, à adoucir tous les maux, doit n'écrire que pour ])eindre les tendres sentimens , pour faire briller des vertus ignorées, et tirer de l'obscurité de belles actions ; voilà leur douce mission , lorsqu'elles., prennent la plume : elles sortent des limites qui leur sont marquées par la nature , lors qu'elles osent davantage.

On voulait connaître l'Impératrice, s'introduire dans son intérieur , la suivre dans sa vie privée , afin de savoir si elle était réellement

SUK JOSÉPlHNi:. I I

digne de cette admiration qui !ui survit ; j'étais sûre que je la consoliderais en racontant toul ce dont j'avais été témoin , et je l'ai fait avec franchise , puissé-je avoir réussi !

Les lettres sui\antes , que je dois à la bonté la plus grande, prouveront mieux encore toute la perfection de l'âme si belle de Joséphine; les avoir obtenues est pour moi ime bonne fortune. Leur lecture attestera la sincérité dénies éloge-s. Je n'ai point eu en ma possession les origmaux; mais les copies font trop d'honneur à l'esprit et au cœur de l'Impératrice , pour que je veuille douter de leur vérité. J'ai cru devoir cette explication , afin de ne pas prendre sur moi une responsabilité qui m'est étrangère , car tout ce que je désire , est de n'être jamais accusée de mauvaise foi.

PPxEMIÈRE LETTRE.

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