‹ Mémoires sur l'impératrice Joséphine (volume 2)Chapitre 11 sur 65 · TOME m · texte numérisé non relu

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Rassurez-vous, il n'est pas question de Mousieur. — Je ne voyais pas alors pour qui il fallait ni'alarmer. Ma pauvre bonne l'enime, avec beaucoup de précautions, m'expliqua que c'était pour moi : je devins tranquille sur-lechamp. Après avoir tremblé pour ce qu'on aime , mon Dieu , qu'il est doux de n'avoir plus peur que pour soi!

» Hier soir , je trouvai une lettre anonyme qui m'avertissait du danger. J'aurais pu fliir ; mais où aller , sans compromettre mon mari ? Décidée à attendre , je m'entourai de mes enfans , et dans leurs innocentes caresses, j'aurais presqu'oublié mes adversités , si leur pré^seuce même ne m'avait plus vivement retracé l'absence de leur père. Le sommeil les arracha de mes bras, dont il semblait qu'un instinct plus tendre les rapprochait encore davantage. Hélas! l'amour qui unit une mère à ses enfans a aussi ses superstitions; et je ne sais quel pressentiment invincible me plongeait dans une terreur stupide. Jugez si, restée seule, je pus écarter ce pénible sentiment ! Le Ciel m'est témoin cependant que les trois êtres chéris, qui font tout mon bonheur, font aussi

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toute ma peine : comment songer à moi , dès qu'ils sont menacés ?

» Je continuais à me plonger dans ces réflexions , quand un grand bruit se fit entendre à la porte de l'hôtel. Je compris que mon heure était venue ; et trouvant , dans l'inévitable coup qui m'allait frapper , le courage nécessaire pour le souffrir , je me résignai. Tandis que le tumulte croissait , je passai dans la chambre de mes enfans : ils dormaient ! et ce contraste de leur sécurité avec le trouble de leur mère, fit couler mes larmes. Hélas! je déposai sur le front de ma fille peut - être mon deiTiier baiser, elle sentit les larmes maternelles ; et , toute endormie, passant autour de mon cou ses bras caressans ; Couche-toi, me dit-elle à demi-voix , et ne crains rien ; ils ne viendront pas cette nuit; je l'ai demandé à Dieu.

» Cependant on entrait en foule dans mon appartement , oii , à la tête d'hommes farouches et armés , je trouvai ce même président, que sa faiblesse rend inhumain , et auquel la paresse donne tant de préventions. Celles qu'il avait contre moi lui parurent justifier mon arrestation ; sans examen, comme sans

probabilité , je vis qu'il croyait fermement à ce qu'on a l'audacieuse bêtise de nommer la conspiration du Luxembourg. Quand la sottise est réunie à la méchanceté , mon Dieu , qu'elle fait de mal !

» Je vous épargne des détails inutiles, en voilà déjà trop de douloureux. Qu'il vous suffise de savoir que , les scellés apposés sur les meubles fermant à clef, j'ai été conduite dans la maison de détention des Carmes. Oh I quels frissons j'ai ressentis , en franchissant ce seuil encore teint du sang des victimes ! Ah ! ma respectable laute ! que de crimes sont prêts à commettre des hommes qui n'ont pas puni ces crimes exécrables ! »

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