‹ Mémoires sur l'impératrice Joséphine (volume 2)Chapitre 29 sur 65 · A MADIME FANNY DE BEAUHARNAIS · texte numérisé non relu

A MADIME FANNY DE BEAUHARNAIS

« Que la journée fut heureuse pour moi , en comparaison des autres, j'avais reçu une lettre de vous , ma chère tante ! Eh bien ! la nuit qui la suivit fut plus heureuse encore ; et quoique cette félicité ne soit pas sans mélange, il n'en est point qui , depuis la mort de mon époux , m'ait mieux remis en goût de la vie. Oui, je veux vivre pour sa mémoire , pour l'éducation de mes enfans, beaucoup pour vous, ma bonne tante ; un peu pour nos amis. Depuis quelques heures, une douce révolution s'opère dans toutes mes facultés : à qui la doisje ? c'est ce que je vais vous dire.

Jusqu'ici , je n'avais connu du malheur que

SUR JOSÉPHINE. iGl

i'humiliation , de la douleur que les angoisses. Je commence à comprendre qu'ils ne sont pas sans charmes, et que , quand aux baumes fournis par le temps , se mêlent ceux d'uu souvenir adoré, l'âme peut s'épanouir pour en jouir. C'est la position où vient de me mettre Névil. » Vous n'avez oublié ni le nom , ni les bienfaits , ni la douce et honnête fieure de ce bon jeune homme. Hier soir, au moment où, caressée par mon fils , j'allais me mettre au lit , Névil se fait annoncer : à toute heure, il a, il doit avoir accès près de moi. Toutefois son aspect me fit éprouver quelque surprise ; vous le connaissez grave et solennel, il avait redoublé de sérieux." Ce jour ne s'effacera jamais pour vous , madame , me dit-il , et il est aussi sacré pour moi. C'est celui où fut assassiné un homme de bien ; mais cet homme de bien a laissé des traces , et il chargea ma main de les recueillir. Voilà ce qu'il vous écrivait quelques heures avant de sceller de son sang une cause sainte; voici ce qu'il confia à ma mère pour me le remettre ; voilà ce dont aujourd'hui même je devais vous faire hommage.» En disant ces mots, INévil me présentait une lettre: elle était

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