‹ Mémoires sur l'impératrice Joséphine (volume 2)Chapitre 43 sur 65 · TOME III · texte numérisé non relu

TOME III

ne vois pas madame Tallien ; enfin pourquoi plusieurs femmes de notre intimité d'autrefois, me seraient étrangères , si ma mémoire n'était pas fidèle. ^

» L'empereur indigné de la dissolution des mœurs , effrayé des progrès qu'elle pourrait faire , veut que l'exemple d'une vie régulière , de la religion , soit donné dans le palais où il commande. Voulant raffermir de plus en plus le culte qu'il a rétabli , et ne pouvant changer les lois consenties par lui, il veut du moins éloigner de sa cour , tout ce qui aurait profité de la possibilité du divorce. Il l'a promis au pape ; et jusqu'ici il tient sa parole. Cette seule raison m'a fait refiîser la grâce que je sollicitais, de vous attacher à moi ! Son refus m'a pénétrée de douleur; mais il a été trop absolu, pour me laisser l'espoir de le voir rétracter.

n II faut donc, mon amie, que je renonce au plaisir que je me promettais d'être sans cesse avec vous , occupée à vous faire oublier la souveraine, pour ne vous faire ti'ouver que l'amie heureuse de ne pas vous quitter. Plaignezmoi , d'être trop en évidence pour faire ma volonté; et conservez-moi une amitié dontle sou-

venir me fait autant de bien, que sa réalité m'a offert de consolation en prison. Je regrette souvent cette vilaine petite chambre obscure , partagée avec vous. Là, du moins, je pouvais être confiante , et j'étais sincèrement aimée !....»

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lettkp: XXXVI.

LETTRi; A M.YDVM'-: l.V COMTESSE

La princesse Stéphanie. — Mesdemoisefles de Mackau. — Gruau tt Bourjoli. — MM. Foncier, Philidor et Pradher.

ce Je vous envoie, ma chère amie, une parure qui vous prouvera que je ne cesse de m'occuper de vous. Sitôt que Foncier me l'a apportée , je m'en suis emparée , me représentant fort bien l'effet qu'elle produirait sur votre beau col. Acceptez donc ce gage d'un attachement dont vous ne pouvez douter , en vous rappelant le vôtre p'our moi , lorsque je

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manquais de tout; mais dont il vous sera doux de recevoir un nouveau souvenir.

» Je ne suis réellement satisfaite du rang que j'occupe , que lorsqu'il me procure le bonheur d'obtenir quelque grâce pour mes anciens amis ; votre position me prive du plaisir de pouvoir vous être utile , puisque tous vos voeux sont exaucés. Je ne puis être consolée de l'impuissance où je me trouve de vous servir, qu'en me procurant souvent les occasions de vous être agx'éablc. Mon coeur saura les deviner. . •

» Ma charmante Stéphanie (i) , adoptée par l'empereur, va épouser très -incessamment un prince d'Allemagne. Son nom est encore un mystère ; dès que j'aurai la permission de le communiquer , vous serez la première à l'apprendre.

)) Vous connaissez ma tendresse poiu- ma nièce, et vous devinez le bonheur que j'éprouve en osant espérer le sien! Son caractère peu ambitieux , lui fait envisager cette union avec une sorte de peine, parce qu'elle l'éloigné de moi et de sa famille; plus lard, elle jouira He

(i) La princesse de Bade.

la plus vraie de toutes les joies de ce monde ^ celle de faire des heureux !

» Vous rappelez-vous , mon amie , que nous trouvions le moyen de la goûter en prison , en partageant avec de pauvres prisonniers ce que nous recevions de nos amis!...

» Il ne faut que vouloir obliger; on trouve toujours moyen de le faire , et Stéphanie , plus qu'une autre , est digne de le rencontrer souvent.

» Nous sommes occupées , maintenant , de toutes les futilités nécessaires à une nouvelle mariée. Je suis ravie de tout ce que fait l'empereur pour cette chère petite; elle est, je crois, moins joyeuse que moi de ce qu'elle reçoit , et ne voit de consolation en quittant la France , que d'emmener avec elle plusieurs amies de pension; ce qui lui sera accordé (i). Ainsi si votre protégée voulait être placée , je

(i) La Princesse emmena en effet avec elle M"" do Mackau, Gruau et Bourjoli. J'ai déjà dit que la première quitta S. A. R. pour s'attacher à l'Impératrice , qui arrangea s(m mariage avec le général Watlier de Saint- Alphonse; la princesse la regretta, mais n'osa la refuser à Joséphine , sachant le plaii^ir qu'éprouverait made-

pourrais, je pense , obtenir qu'elle le fût auprès de Stéphanie, qui vaut mieux que moi. Dites-le à mademoiselle "^^^ pour la décider à accepter , ce qui sera très - avantageux et très-agréable pour elle.

» Je vous quitte, chère amie, pour m'occuper de Foncier (^i). Voilà de ces devoirs aux-

moiselle de Mackau à revoir son père fixé à Paris. S. A. R. sembla vouloir se dédommager de ceUe perte, en redoublant, s'il est possible, ses bontés pour les deux autres jeunes personnes dont elle s'était chargée avec tant de grâce. Elle a depuis fait faire un bon mariage à mademoiselle Bourjoli.

J'ignore ce qu'est devenue mademoiselle Gruau ; mais elle est heureuse sans doute. Le caractère de la princesse est trop connu pour qu'il soit possible de douter du bonheur de quelqu'un à qui elle s'intéresse, puisque les indifférées même se sentent de ses bienfaits.

(1) Bijoutier à la mode dans ce temps, comme le sont aujourd'hui MM. Philidor et Pradher, dont les noms sont devenus dans le commerce aussi célèbres qu ils l'étaient depuis long-temps dans les arts. Leurs excellentes manières, la modicité des prix, elle bon goût de leurs parures , assurent à ces messieurs des succès aussi longs qu'ils ont été rapides. Ils viennent d'obtenir la récompense de leurs travaux , en étant brevetés de S. A. R. Madame.

quels il est impossible de ne pas sacrifier l'amitié; aussi la vôtre me pardonnera de finir brusquement pour un objet de cette importance. Pour vous j'ai vaincu ma paresse, ne voulant pas employer la main de mon bon Descbamps. Un tiers me semble toujours gênant entre deux amies comme nous. N'êtes- vous pas de mon avis?

» Adieu , mon amie ; impératrice ou prisonnière, croyez que personne ne vous aime comme

» Joséphine. »

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