‹ Mémoires sur l'impératrice Joséphine (volume 2)Chapitre 44 sur 65 · LETTRE XXXVII · texte numérisé non relu

LETTRE XXXVII

« Ne pouvant de vive voix vous aller offrir mes voeux aujourd'hui , chère maman , je m'en console par l'assurance que vous savez combien ils sont sincères. Je vous envoie deux vases , qui me rappelleront à votre souvenir ; mais dont les fleurs sont loin d'être aussi belles que celles peintes par vous , sur ma jolie table de marbre blanc. Je la soigne comme tout ce qui vient de vous, et vous en remercie encore.

» Le maréchal Berthici' m'a dit qu'il allail

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aujourd'hui dîner avec vous. 11 vous aime , voilà pourquoi c'est lui que je charge de vous dire combien je regrette de n'être pas libre de suivre ma volonté, qui tout naturellement me conduirait à Romainville, au milieu de votre famille et de vos nombreux amis , à la tête desquels j'ai la prétention de me placer ; quoique je ne puisse que bien rarement prendre ma part du plaisir qu'ils trouvent à votre conversation, agréable pour tous; instructive et utile pour plusieurs.

» La pauvre dame que vous m'avez recommandée est satisfaite d'un petit emploi accordé à son fils. Cela donnera le temps d'attendre mieux. Soyez sure que j'y penserai.

» Remerciez les dames qui vous entourent des jolis ouvrages que j'ai reçus d'elles. 11 est décidé que tout ce qui vous approche doit avoir quelque perfection. Pourquoi en suis -je si loin ?

» Adieu, clière maman. Aimez-moi et conseillez-moi toujours; car la place que j'occupe est bien difficile à remplir au gré de tous ; et c'est ce que je voudrais. «

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Cette lettre était adressée à madame de Montesson; elle reçut pour sa fête deux magnifiques vases de Sèvres, envoyés par Joséphine. Madame de Montesson habitait alors Romainvllle, oùse réunissait avec un égal empressement l'ancienne et la nouvelle noblesse. Des fêtes charmantes y étaient fréquentes ; et même en hiver on se disputait le plaisir d'y paraître.

Le maréchal Berthier était un des plus assidus. 11 donna à madame de Montesson, un dîner au Raincy , le jour même où il liitnommé maréchal. Madame Visconti enchantée de la nouvelle dignité de l'homme qu'elle espérait encore épouser , l'appela constamment garçon maréchal; croyant sans doute que ce nom ne lui conviendrait bientôt plus. En effet, quelque temps après il ne put le porter, ayant épousé la princesse de Bavière.

Je me souviens , que madame de Montesson voulant faire à l'Impératrice un présent agréable, maisqui n'eut pointde valeur, fit travailler à différens jolis ouvrages , les dames qui demeuraient habituellement avec elle. L'une broda un sultan , les autres firent des bourses,

des chaîiies , des fleurs artllicielles , etc. , et toute cette petite boutique fut envoyée aux Tuileries; elle y obtint un succès, qui n'eût pas été peut-être accordé à de brillantes parures. On était fatigué de magnificence , et la simplicité de l'offrande fut précisément ce qui en fit le charme. Madame de Montesson avait peint à l'huile un dessus de table, qui fut joint au sultan dont je viens déparier.

La personne qui fit le plus pour cet envoi, fut madame de Latour , tante de M. de Polignac. Entièrement ruinée, elle n'avait d'aulre ressource pour vivre, que de travailler ainsi que sa fille; ces deux dames ne se plaignaient ja- ' mais, et contribuaient par leur gaîté, leur agréable caractère, au bonheur que fon goûtait à Romainville ; elles y pa.ssaient une trèsgrande partie de l'année.

La commutation de la peine à laquelle étaient condamnés leurs neveux , inspira une vive reconnaissance , à deux coeurs si accessibles à tous les senlimens généreux; et ces dames saisirent avec empressement l'occasion de la témoigner à leur bienfaitrice. Elles ont été depuis dames à St. -Denis.

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J'iç;aore si elles y sont encore; niais probablement leur sort est maintenant très-tlifféreut de ce qu'il était au temps dont je parle. Leur famille a retrouvé la favenr et la fortune , et nen jouit sûrement pas seule.

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