CONCLUSION
OfTies révoltanlfs qui iiio sont faites à propos de ces Mémoiies. — Lettres que j'ai reçue?.
Me voici arrivée au terme de ces Mémoires, entrepris en quelque sorte malgré moi ; continués avec plaisir, en voyant le public accueillir avec empressement un ouvrage peignant très-exactement l'impératrice Joséphine ; rapportant fidèlement des traits honorables de plusieurs personnages marquans de notre époque ; et dépourvu de prétention et d'esprit de parti. Je le termine avec joie , en songeant (|ue je vais êti e délivrée de mille ennuis et d'une
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foule de tracasseries que je n'avais pu prévoir en le commencanV.
Je pensais que l'on ne nie ferait ni l'iionneur de désirer mon suffrage , ni celui , beaucoup plus pénible , de me craindre; et je ne supposais pas que 1 Oï» ]mt jamais me confondre avec ceux qui ibnt le honteux métier de vendre leurs louanges , ou leur silence. Ne me nommant pas, j'imaginais qxie l'on ne soulèverait pas le voile de l'anonyme dont je désirais rester couverte , uniquement pour échapper aux complimens de mes amis , et aux injures des ennemis de ma famille. N'ayant rien écrit que de v)'ai, ces motifs seuls m'engageaient à cacher mon nom , que j'eusse mis eu tête de mon livre . si je n'eusse affronté que des critiques impartiales ; j'y ai sans doute donné assez de prise, ])our qu'elles dussent être les seules qui fussent employées. Je me méfiais de la partialité avec laquelle on juge une personne que j'aime; à laquelle je tiens plus encore par les senti mens de mon cœur que par les liens du saug; et je voulais lui éviter le chagrin de se voir enveloppée dans le blâme que l'on se hâterait de répandre sui-
un ouvrage qui pouvait l'intéresser; enfin je ne chcrcliais nullement une célébrité qui ne convient point à mes goûts, et encore moins à ma position. De longs et cruels malheurs m'ont fait désirer le repos; et j'espérais, je l'avoue, pouvoir écrire sans le voir troublé. Je me suis bien trompée.
Ayant annoncé l'intention d'être franche dans mes récits, on aurait dii s'attendre que je ne voudrais raconter que ce c[\ie J'aurais vu; et l'on devait être persuadé , qu'indépendante et obscure , dénuée de toute ambition ( ce qu'a prouvé ma vie entière), habituée à moins que de l'aisance, je ne serais accessible à aucune offre, qui pût me faire dévier de la route que je m'étais tracée ; on aurait donc pu s'éviter la honte de demander une chose niéprisaliîc ; et à moi le regret qu'elle m'eût été proposée.
Mon étonnement et mon chagrin furent extrêmes, lorsque je me vis accal^lée de lettres dans lesquelles on me racontait une foule de traits admirables . d'hommes qui osaient signer le récit de leurs belles actions ; ils désiraient les voir consignées dans ces Mémoires, non pour eux, disaient -lis j mais par respect pour le
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nom qu'ils portaient! Afin de iii'engager à publier ce qui devait ajouter à son éclat, on m'offrait des présens; et même de L'argent!. . .
Mon indignation pouvait me porter à faire connaître ceux qui ont ainsi jugé mes sentimens en harmonie avec la bassesse de leur âme; mais cette vengeance sérail trop cruelle, et je ne l'exercerai pas. Je me bornerai à dire ici que je possède toutes ces lettres,, et qu'il ne tiendrait (\nk moi de les montrer; je ne le ferai que dans le cas où l'on aurait la hardiesse de m'en adresser d'autres du même genre.
Quant à celles contenant des reproches et des menaces sur des anecdotes vraies de cet ouvrage , je dédaigne d'y répondre ; et je plains ceux qui peuvent employer de telles armes avec une femme, qui, forcéed'étresincère.aatténué le plus possible les choses qui pouvaient faire tort; ces mêmes personnes, qui veulent me faire craindre les suites de ma franchise, savent parfaitement que je n'ai pas tout dit.
,1'ai été fort touchée de plusieurs lettres obligeantes, dans lesquelles on me remercie de ce que j'ai dit sur des mères . des frères , des époux chéris. En racontant je n'avais attendu
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aucune reconnaissance de personnes (fui depuis long-temps m'étaient devenues totalement étrangères. Je suis heureuse de leur avoir prouvé que l'ingratitude , l'abandon , et l'injustice ne peuvent me changer; et que j'ai tout oublié , hors les bons procédés d'autrefois
Je n'ai au reste pas plus répondu à ces lettres ((u'à celles d'un style différent. C'était entretenir une correspondance avec une foule de gens dont je n'ai parlé , je le répète , que parce que la vérité et les circonstances m'y ont obligée.
Aucune vue personnelle, aucun ressentiment ne m'a portée à distribuer les éloges ou le blAme; ainsi on ne doit pas me savoir gré vies uns; et l'on doit me parclonner l'autre, quand par malheur il se trouve au bout de ma plume. Je ne dois pas la quitter sans avoir témoigné ma gratitude aux journaux qui ont rendu compte de mou début, dans une carrière honorable , commencée avec bonheur.
J'ai généralement été traitée avec une indid gence qui m'encourage, moins encore cependant qu'une critique douce , polie et juste; des hoinmcs distingués oar Umu' lalcjil n Ont j)as
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dédaigné de me donner des conseils; c'est me prouver qu ils nie croient digne de les suivre. J'en saurai , j'espère , profiter , si je commence quelque autre ouvrage. C'est à ces avis que je rapportei^ai mes succès , si j'en obtiens de nouveaux.
Diriger une plume novice encore , qui du moins n'a jamais obéi qu'à l'impulsion d'un coeur capable d'apprécier une noble conduite , et qui ne se prêtera point à servir l'intrigue, la fausseté et l'ambition, c'est lui donner la force nécessaire pour révissir avec de& moyens que l'on dédaigne trop souvent : la loyauté et la bonne foi.
l'iN.
CONTENUES DANS CE VOIiUME.