‹ Mémoires sur l'impératrice Joséphine (volume 2)Chapitre 9 sur 65 · A LA MEME · texte numérisé non relu

A LA MEME

Sévérité exercée contre lea prisonniers.

« Des mesures de rigueur, d'abord commencées contre Ale-xandre, se sont ensuite étendues sur cinq à six des principaux détenus avec lesquels on le suppose en relations ; elles ont fini par envelopper toute la partie du bâtiment qu'une cloison sépare du reste du palais. La cour a été interdite aux babitans de cette portion , lesquels ont été interrogés à plusieurs reprises. Depuishier, ils ne reçoivent personne; et comme cette interdiction n'était pas connue, il en est résulté que le greffe et les deux corridors qui y conduisent ont été remplis tout aujourd'hui de leurs parens et de leurs amis , profondément alarmés sur leur sort. Un bruit

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sinistre a bientôt circulé parmi les premiers qui, tremblans pour les jours de ceux qui leur sont chers , ont rapporté dans leur famille les terreurs qui les tourmentaient.

» Je ne sais ce qui arrivera de tout ce mouvement : il me semble qu'un gouvernement, qui se livre à ce qu'on pourrait appeler des convulsions , se croit bien peu solide ; et tant de précautions décèlent plus de faiblesse et de peur , qu'elles ne montrent de force et de sécurité.

» Ah ! ma tante, au milieu de ce trouble, que je vous sais bon gré d'être malade ! Quelque pénible que me soit votre absence , continuez à la prolonger. Votre tranquillité , qui m'est si chère, me dédommage un peu de mes souffi'ances; et Alexandre me fait dire qu'il supporte patiemment toutes ces vexations, tant qu'il sait que nous ne les partageons pas. 5j

LETTRE YIÎ.

A LA MÊME, Ses inquiétudes sur son mari. — Névil au secret.

a C'est donimage que je ne sois pas plus disposée à rire, caries choses qui se passent, outre leur côté atroce, en ont un bien risible. Cette misérable affaire qui n'existe que dans la tête, et probablement dans les intérêts de ceux qui l'ont imaginée, prend une consistance dont j'ai lieu d'être effrayée : on commence à dire la conspiration du Luxembourg , comme on a dit la conspiration de la Gironde, de Sainte-Amarantbe et de Danton. Par les affreux résultats qu'ont eus celles-ci, que ne dois-je pas redouter pour l'affaire qui m'intéresse? On a mis à l'arrestation de ce pauvre INévil une sorte de solennité scandaleuse, on

atlachc aux mol ifs qui Font déterminée une importance qui ne semble que ridicule, et que je crois très-calculée. Je n'ose appuyer ma pensée sur des conjectures que peut-être la peur a inspirées ; mais où il n'y a rien , comment quelques yeux ont-ils découvert tout? Depuis un certain temps on a parlé de l'embarras que causaient les prisonniers, des inf|uiétudes qui les tourmentent , des désirs qui les agitent , de leurs projets présumés, de leurs opinions devinées, et des moyens de correspondance prémédités ou établis entre eux et leurs parens. Des articles de gazettes, perfidement officieux , ont insinué l'idée que peutêtre l'époque allait arriver où la sévérité de la politique, tempérée par l'indulgence, permetirait l'ouverture des prisons; et sur-le-champ des libelles aussi atroces par leur doctrine soudoyée, que grossiers dans leur style , ont répondu qu'il y avait pour diminuer le nombre des prisonniers des nroyens plus expéditifs. Voilà où nous en sommes : jugez si je dois trembler.

» Depuis cinq jours, pas de nouvelles directes d'Alexandre; je sais seulemciù par un porte-

flerquesa tranquillité ni sa santé ne paraissent point altérées, et que pour charnier la solitude où Ton continue à le tenir, il lit beaucoup. Il a demandé un grand nombre de livres qui ont passé sans dii'ticulté; il n'en a pas été de même du papier blanc dont on a compté les feuilles : il faudra qu'il rende compte de leur emploi.

» Névil, dont» en qualité de membre du comité , le gouvernement n'a pas dédaigné d'or donner l'arresîation, Névil est encore tenu plus sévèrement. Depuis quarante-huit heures il est au secret, et Ton n'a de lui aucun signe d'existence. Comme il a été surpris par ce coup impossible à prévoir, il n'a rien emporté avec lui , et l'on ne sait oii lui envoyer ce dont il a besoin , car on ignore absolument le lieu de sa détention. Sa mère , la fennne du monde la plus respecta] >le, montre dans cet événement une résignation qui n'exclut point la doideur. mais qui la tempère. La jeune et tendre amie de jNévil s'abandonne à la sienne : prête à l'épouser, elle ne rougit point de montrer son amour en montrant son chagrin. Je leur ai promis de prendre des informations sur un

homme qui m'intéresse presque autant qu'il les intéresse elles-mêmes. Pourcjuoi faut-il que je lui rende une partie des services que nous en avons reçus ? »

LETTRE YlII.

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